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Certains pays paraissent prédestinés,
s'il en fallait une preuve, il n'est que de regarder Meung-sur-Loire,
la cité des poètes. Amoureusement enlacée entre les bras colorés des Trois-Mauves,
cette calme petite agglomération vit successivement trois grands poètes,
et trois parmi les plus grands, s'abriter aux bords de la Beauce et de
la Loire, dans un décor agreste et romantique.
C'est d'abord Jean Clopinel, dit Jehan de Meung, l'auteur de la seconde
partie du "Roman de la Rose". Quelque 150 ans plus tard, c'est François
Villon qui fut embastillé dans la tour de Manassès de Garlande sur ordre
de Thibault d'Aussigny, évêque d'Orléans, pour on ne sait trop quel méfait
; le pauvre poète dut subir la question ordinaire et fut condamné à mort
en toute charité chrétienne par le saint homme.
Est-ce là que le " Testament " fut écrit ou simplement ébauché ?
Nul ne le saura jamais.
Fort heureusement, le roi Louis XI, mis au courant des malheurs du pauvre
"escholier", le fit remettre en liberté .
Quatre siècles et demi plus
tard, arrivait à Meung-sur-Loire Gaston Couté.
Il était alors âgé de trois ans, ayant vu le jour à Beaugency le 23 septembre
1880, au Moulin des Murs, rue du Rû, demeure aujourd'hui disparue par
les soins d'aviateurs yankees qui virent là un important objectif militaire
lors de la dernière mondiale. Le père de Gaston, qui se prénomme Eugène
Désiré, avait fait l'acquisition du Moulin du Clan, sur les Mauves, près
de Roudon.
Ce moulin existe encore et, extérieurement du moins, n'a pas changé d'aspect.
Son propriétaire est un homme charmant qui professe une grande admiration
pour Couté. De fraîches et jeunes prairies bordent les bras de la rivière
que longent parfois de maigres sentiers envahis par les buissons.
Des ponts rudimentaires, faits de planches vermoulues et mal assujetties,
relient çà et là une rive à l'autre. Toute l'enfance du poète se déroula
au milieu de ce décor, près des " fossés où gît le rêve, dans les gazons
aux ors fanés " écrira Gaston Couté en faisant l'école buissonnière, ou
tout au moins en y rêvant, car, tout compte fait, il ne fut pas trop mauvais
élève à la communale puisqu'il y décrocha le certificat d'études à 11
ans. Il devait échouer au brevet élémentaire à 15 ans pour la composition
de français et ceci parce qu'il avait donné sa propre copie à un de ses
camarades d'école,
Ce fut alors l'épisode du
lycée d'Orléans où le jeune garçon entra au mois de septembre 1895.
Incapable de se plier à quelque discipline que ce soit, il devint rapidement
un élève médiocre.
Cette vie de caserne lui pesait terriblement, le manque total de liberté
allait le transformer en révolté. Souvent consigné le dimanche, il restait
dans sa prison au lieu d'aller se retremper dans la chaude atmosphère
familiale. Il se vengeait en écrivant des vers rageurs.
Henri Poulaille aime d'ailleurs à raconter l'anecdote suivante, citée
par Louis Lanoizelée dans son livre " Gaston Couté " : Ceci se passait
au lycée Pothier, rue Jeanne-d'Arc à Orléans ; un jour, entre le professeur
et l'élève s'engagea ce dialogue :
- Monsieur Couté n'a pas encore appris sa leçon de géométrie ?
- Euh!
- Monsieur Couté a sans doute fait des vers?
Couté ne répond pas, le professeur alors reprend :
- Monsieur Couté avoue qu'il a fait des vers, il ne sera pas puni
- J'ai fait des vers.
- Ah! Ah! s'écrie le professeur. Ah ! vous avez fait des vers. Voulez-vous
me les montrer ces vers, que nous les lisions ensemble ?
Couté lui apporta quelques pages griffonnées que le maître lut à haute
voix... La classe ricanait tandis que le professeur décortiquait le poème.
Il était plein de pathos, de rhétorique, mal coupé et ses rimes étaient
d'une insuffisance navrante.
L'auteur, concluait-il, eût mieux fait d'employer son temps à apprendre
sa leçon,
Or Couté avait recopié, afin de voir les dons de ses maîtres, une pièce
de Victor Hugo !
Il résista au plaisir de dénoncer la supercherie, mais le dégoût qu'il
avait de l'école ne fit que s'accroître et sa confiance en ses professeurs
en diminua d'autant.
A noter que le censeur des études s'appelait M. Turc.
C'est alors que le journal
" La Meunerie française " publie son premier conte en 1896, mais Couté
se fait mettre à la porte du lycée à l'âge de dix-sept ans. Il y aura
au moins fait la connaissance d'un garçon sympathique, d'un an son cadet,
le délicieux Pierre Dumarchey, plus connu sous son pseudonyme de Pierre
Mac Orlan. Ce devait être là le début d'une longue et fidèle amitié.
Ne devraient-ils pas habiter porte à porte, au second étage de l'hôtel
Bouscarat, place du Tertre, aujourd'hui abominablement transformé et rebaptisé
" Cabaret de la Bohème " ? Le jeune poète doit gagner sa vie, on l'embauche
à la recette générale d'Orléans, puis à la perception d'Ingré, petit bourg
au nord d'Orléans, au dessus de Saint-Jean-de-la-Ruelle.
La vie de fonctionnaire ne lui convient pas et il entre à la rédaction
du journal " Le Progrès du Loiret " où, en plus de ses reportages, il
publie des poèmes. Il collabore en outre à la " Revue littéraire et sténographique
du Centre " où ses poèmes de jeunesse apparaissent déjà comme étant de
grande classe.
Avec un viatique de cent francs et quelques poèmes en poche, le poète
débarque à Paris le 31 octobre 1898. La plupart de ses oeuvres sont déjà
écrites. Elles le sont en patois beauceron, langage original, coloré,
plein d'images neuves qui sentent bon le terroir.
Le grand mérite de Couté est d'avoir " francisé " ce patois au point de
le rendre accessible à tous, sans toutefois en déformer le sens ou même
l'agréable saveur.
Mais cinq louis fondent vite à Paris et, au bout de quelques jours, le
garçon n'a plus le sou. Il débute au cabaret AL Tartaine, boulevard Rochechouart
; son cachet : un café-crème et quelques croissants !
Le Chat Noir venait tout juste de, disparaître et de nombreux cabarets
artistiques s'étaient ouverts pour le plus grand bénéfice de leurs directeurs.
Couté connaît alors une misère noire, il se refuse à demander de l'argent
à ses parents, et ses amis de bohème l'aident à ne pas mourir de faim.
Au bout d'un mois, on l'engage à l'Ane Rouge, avenue Trudaine, pour trois
francs cinquante par soirée. Coiffé d'un chapeau paysan à larges bords,
vêtu d'une blouse bleue de Solognot, il se présente devant le public sans
le saluer et débite ses satires avec son bel accent aux savoureux barbarismes.
L'Ane Rouge fut un tremplin.
Très rapidement, Couté devient une tête d'affiche : le voici aux Noctambules,
aux Quat-z-Arts, au Conservatoire de Montmartre, au Pacha Noir, à l'Alouette,
au Carillon, à la Nouvelle Athènes, aux Arts, à Gringoire, à la Truie
qui file, dont il devient d'ailleurs le codirecteur avec Dominus et Dumestre.
Il vient parfois s'attabler au Lapin à Gill où il retrouve son ami Pierre
Mac Orlan avant de rentrer ensemble chez Bouscarat. De la rue Saint-Vincent
à la place du Tertre, le chemin est quelquefois difficile tant les brumes
de l'alcool savent surpasser le " fog " londonien, mais qu'importe et,
comme se plaisait à le dire Mac Orlan, il est heureux que les murs n'aient
pas été munis d'appareils d'enregistrement !
Gaston Couté gagne beaucoup d'argent mais il n'a jamais le sou tant il
est généreux ; il ne peut supporter aucune misère. Ses amis de bohème
l'entraînent trop souvent dans des beuveries qui ruinent une santé déjà
fort précaire.
Gaston
Couté vedette d'un Gala pour Radio Libertaire en 1983
Le poète a été réformé du
service militaire, ce qui est une aubaine pour l'antimilitariste révolté
qu'il est et qu'il restera ; un départ pour l'armée aurait sans doute
signifié un départ pour les bataillons d'Afrique d'où il ne serait pas
revenu. Trois fois successives, le poète devra passer devant le conseil
de révision. Il en fait une chanson.
Toutefois, son opposition à la bêtise humaine et au panurgisme s'exprime
encore plus violemment dans son poème " Les Conscrits " qui lui valut
un jour une scène amusante : un homme furieux se lève parmi le public
et dit :
- je suis capitaine, je rougis des paroles que vous venez de prononcer
contre l'armée !
- Le rouge va très bien à un militaire ! répondit Couté.
Cette oeuvre lui valut aussi d'être un jour lapidé en compagnie de son
ami Frottier par les jeunes gens de son pays, les deux garçons ne durent
leur salut qu'à leur fuite ! Hormis la reconquête de l'Alsace, ce poème
est pourtant toujours d'actualité.
Quant aux instituteurs, c'est une haine bien sentie que le poète éprouve
à leur égard. En fait, ce n'est point tant à la communale de Meung que
ce sentiment lui est venu, mais au lycée Pothier où les éducateurs de
ce temps n'étaient pas très forts en psychologie. Certes, Gaston Couté
et Maurice Frottier firent de concert l'école buissonnière et c'est peut-être
en souvenir de ce très jeune temps que le poète écrira Cette société dans
laquelle évolue le poète ne lui inspire que révolte et pitié : révolte
contre " les mangeux d'pain gangné ", pitié pour les " ceusses qu'a pas
d'position ".
Il faut bien comprendre Couté : c'était avant tout un tendre, un cœur
en or qui ne pouvait supporter aucune injustice, et ce tendre se révoltait
au contact de l'égoïsme de quelques uns et de la passivité des autres.
Cet individualiste ne suivait aucune chapelle et, s'il fréquentait habituellement
les anarchistes, ce fut toujours en restant lui-même, en se refusant à
suivre tout mot d'ordre qui aurait pu l'enchaîner.
Cette société, ne la rejette-il pas tout entière dans son magistral poème
" Les Gourgandines " ?
Cette nostalgie du pays natal, Gaston l'éprouve sans cesse. Bien sûr,
il lui faut vivre, d'autant plus qu'il ne veut absolument pas demander
quoi que ce soit à ses parents, lesquels d'ailleurs se feraient une joie
de lui donner tout ce dont il pourrait avoir besoin.
Alors, le poète rêve, il rêve à qui?
Comment donc se nommait cette fille, cette fille dont l'image le poursuit
et qu'il revoit toujours, toujours près des Mauves de son enfance : "
J'dounnerai ben tout c'que j'ai en poche! "...
Ce que contient cette poche est la seule fortune du hors-la-loi !...
Et tout ça pour retrouver l'innocence de la jeunesse, laquelle se moque
éperdument des contingences sociales, de l'argent et de tout ce qui empoisonne
la vie d'un adulte.
Un jour, après une bordée sans précédent, Gaston décide de partir pour
le pays. Il venait de dilapider 250 francs or en une soirée et n'avait,
bien entendu, plus un radis. Des amis veulent lui prêter de l'argent pour
son voyage : il refuse et s'en va par les routes et les chemins en compagnie
de son ami, le chansonnier Maurice Lucas.
Ils vivent comme ils peuvent car les Beaucerons ne sont pas généreux avec
les poètes !
Ils donnent bien quelques soirées çà et là, mais qui donc pourra délier
les cordons de la bourse de ces rustres, âpres au gain, qui vendraient
leur âme au diable s'ils n'avaient peur de l'enfer ?
C'est alors que Couté se remémore son magnifique " Christ en bois ", écrit
à Orléans lorsqu'il rédigeait au "Progrès du Loiret ", qui raconte l'aventure
d'un chemineau arrêté, un soir d'hiver, au pied d'un calvaire :
" Mais, tu t'en fous, toué, qu'i' fass' froué T'as l'cul, t'as l'coeur,
t'as tout en boués !" ...
Lucas et Couté arrivent tant
bien que mal à Meung-sur-Loire.
Leur allure est plutôt celle de vagabonds que celle de chansonniers en
tournée. Sales, couverts de poussière, les pieds dans des chaussures éculées,
ils ont piteuse mine. Lucas portant beau toutefois, sa lavalière largement
déployée, lorgnon sur le nez et canne à la main, tandis que le pauvre
Gaston ne porte qu'une musette sale et s'aide, en guise de canne, d'une
baguette de coudrier.
Oui mais, à Meung, voici le logis familial et Couté arrive au moment où
sa mère prépare la lessive annuelle : il en était ainsi dans ces temps,
et la cendre du four -cendre de bois non grasse- tenait lieu de détergent.
Le linge était alors mis à sécher dans les prairies sous les chauds rayons
du soleil.
Dans les larmes de la joie, une chanson naît. Rentré à Paris, le succès
continue aussi bien à Montmartre qu'à Rouen et à Bruxelles. Son éditeur
lui paye ses chansons à l'avance !
Ses accents plaisent à un public habitué aux oeuvres conformistes, cela
les change, mais malheureusement ne les désintoxique pas, car la guerre
de 1914 approche et une vague de chauvinisme, savamment orchestrée, s'abat
sur la France. Les directeurs de salles, en prudents commerçants -à défaut
de patriotisme- hésitent à engager des artistes trop imprudemment engagés,
eux, dans le non-conformisme et le pacifisme.
Les portes se ferment devant lui, Couté enrage, il décide alors de collaborer
à "La Guerre sociale" de Gustave Hervé, dès le 22 juin 1910. Il y publie
une chanson par semaine, chants de révolte sur l'actualité dans lesquels,
certes, la prosodie et la versification sont souvent malmenées.
Ce qui devait arriver arriva : le 13 juin 1911, il est poursuivi pour
outrages à la magistrature, cette magistrature bien assise qui prête serment
à n'importe qui, n'importe quand et n'importe où, qui sert tous les régimes,
quels qu'ils soient.
Ah ! il ne fait pas bon la chatouiller, l'empêcher de somnoler, un chat
fourré est un tabou et, par conséquent, Couté doit être condamné, fût-ce
sans jugement.
C'est d'ailleurs ce qui arriva : quelques jours plus tard, le poète fut
condamné par contumace. Le président demanda à l'avocat s'il n'avait rien
à objecter, celui-ci répondit :
" Si, Messieurs, j'ai simplement à vous dire que vous venez de condamner
un mort! "
Car, c'était vrai !
Si Couté n'était pas à son procès, c'est que le soir du 26 juin 1911,
il était rentré exténué à son hôtel Bouscarat. Le lendemain on le transportait
à Lariboisière et, le 28 juin 1911, à 14 heures, la phtisie galopante
avait fait son oeuvre. il
n'avait pas trente-et-un ans !
Le cortège funèbre est imposant : trois amis mènent le deuil, Guy Perron,
Fernand Pointier et Maurice Frottier. Le chansonnier Xavier Privas prononce
l'éloge funèbre, les larmes aux yeux, c'est l'hommage d'un poète à un
autre poète. Des chansonniers, des artistes, des écrivains, des militants
syndicalistes et même des politiciens accompagnent le poète jusqu'à l'embarcadère
de la gare d'Orléans.
Boulevard Magenta, les ouvriers qui travaillent aux canalisations du Métropolitain
se rangent de chaque côté du boulevard pour former une double haie en
hommage au disparu.
Son oeuvre pourtant reste extraordinaire... Ah ! que l'insolite fleurit
bien aux bords des Mauves ... Comme François Villon, Gaston Couté fut
un mauvais garçon au regard de ses contemporains ; comme Jehan de Meung,
il dénonça les préjugés, les hypocrisies et les injustices, il railla
les idées en cours et les gens en place ...
L'oeuvre de Couté est marquée par son enfance, on y retrouve souvent la
nostalgie des moulins, du blé, des guérets : Maurice Duhamel écrivait
en 1904 que "les causes que plaide Couté sont assez souvent de nature
à rallier tous les suffrages, pour que notre admiration persiste, devant
le paradoxe d'une conception particulière. Et puis une idée est toujours
intéressante et belle quand elle est bellement exprimée. Or Couté magnifie
les siennes par la forme la plus inédite, la plus saisissante et la plus
pittoresque qui soit ".
Couté avait choisi la liberté plutôt que de devenir meunier en succédant
à son père ; en acceptant de sacrifier son penchant naturel pour la justice,
il aurait pu devenir très riche, très considéré et, peut-être, Meung-sur-Loire
l'aurait-elle compté parmi ses édiles municipaux.
A tout cela, il a préféré rester seul, éternellement seul, pour ne pas
" mett' le nez dans la pâté sal' de leu-z-auge" il a voulu devenir ce
"gâs qu'a mal tourné", mais le souvenir de ce génie restera profondément
gravé dans les cœurs de tous ceux qui aiment le langage des dieux. Lui,
qui détestait les statues, a maintenant la sienne en plein centre de Meung-sur-Loire.
Ses yeux de pierre restent indifférents au passage, sur la route nationale,
des automobiles qu'il exécrait. Lorsque vous passez à Meung, arrêtez-vous
pour le saluer et, si vous en avez le temps, rendez-vous à la mairie où
un musée lui est consacré.
Vous y serez reçu amicalement par Gaston Coutant, dévoué conservateur
et secrétaire général des Amis de Gaston Couté. Vous y verrez des manuscrits
du poète et aussi de curieux dessins humoristiques que Couté aimait composer.
Gaston Couté repose aujourd'hui dans le " champ de naviots " près des
jachères et des guérets, près des buissons verts qu'arrosent les bras
cajoleurs des Mauves. Parfois, dans le chemin qui borde le cimetière,
des amoureux passent et s'embrassent tendrement, mais les garçons ne portent
plus la courte blouse bleue et les filles ont abandonné leur belle coiffe
blanche.
Ils ne parlent plus le si joli patois cher à Couté mais ils s'en vont
toujours danser à la frairie comme au temps du poète, et le soleil, tout
près de sa tombe, fait alors revivre un court instant la silhouette dorée
de Marie des Mauves...
Bernard SALMON
(La Rue 1970)
un site entièrement
consacré à G. Couté
L'HOMMAGE DE LA CHANSON
AUX OBSEQUES DE GASTON COUTE
Mesdames,
Messieurs,
Chers Camarades,
Homme tu es un pendule oscillant Entre une larme et un sourire ?
Cette belle pensée de Lord Byron s'offre à ma mémoire, à l'heure où je
viens, au nom de la Chanson et de ses adeptes, saluer la dépouille d'un
poète de talent considérable, de caractère indépendant et de cœur généreux.
N'est-ce pas le sourire aux lèvres et le couplet joyeux à l'esprit, que
le paysan philosophe que nous pleurons a fustigé l'hypocrisie sociale
et cinglé le vice humain ?
Poète rustique, ce " Mistral de la Beauce" comme l'appellent ses admirateurs
et ses amis, a chanté la splendeur de la nature, célébré la vie dans toutes
nos joies et prêché l'amour.
La terre natale, en mère jalouse, réclame aujourd'hui ce déraciné dont
Paris, la ville tentaculaire, a brisé le corps, mais n'a pu atteindre
l'âme. " La misère, les privations, a écrit George Sand, le travail ou
l'oisiveté forcés, également destructifs pour la jeunesse; un climat malsain,
des conditions d'existence déplorables, c'en est bien assez pour ruiner
la sève la plus généreuse ! "
Eh bien! dans ce milieu déprimant, dans cette atmosphère funeste, la sève
poétique, puissante et saine de Gaston Couté n'a jamais été amoindrie
dans sa force, dans sa fraîcheur, dans sa pureté ! Son œuvre colorée,
imagée et originale défendra son nom contre l'oubli des hommes, et quand
renaîtront les saisons fleuries, les belles filles et les joyeux gâs de
sa terre beauceronne rediront dans leurs promenades du soir, "sous les
étoiles qui brillent, parmi la plaine aux récoltes où les moulins virevoltent
", la chanson gracieuse du Beau Cœur de Mai et la cantilène mélodieuse
des Mains Blanches.
Et les pauvres diables de la ville, les humbles, les opprimés, tous les
parias qu'il a défendus avec tant de courage et de fermeté puiseront dans
ses vers l'énergie nécessaire à la lutte pour cette vie misérable, que
le grand Shakespeare définit par ces mots : " Demain et demain et demain,
c'est ainsi que, de jour en jour, à petits pas, nous nous glissons jusqu'à
la dernière syllabe du temps inscrit sur le livre de nos destins, et tous
nos hiers n'ont été que des fous qui nous ont ouvert la route vers la
poussière et la mort.
La vie, ce n'est qu'une ombre qui marche, un pauvre comédien qui gambade
et s'agite sur le théâtre pendant l'heure qui lui est accordée, et dont
on n'entend plus parler ensuite ; c'est un conte plein de tapage et de
fureur et qui ne signifie rien. Ce conte est terminé pour toi, pauvre
petit gâs de la Beauce !
Va reposer en paix auprès des tiens. Nous garderons pieusement ton souvenir,
car les poètes qui meurent jeunes sont non seulement aimés des Dieux,
mais aussi des hommes !
Xavier PRIVAS. Le 30 juin 1911.
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Les
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Libertaire organne éclectique de l'Union des Anarchistes ;
Zo d'Axa ;
Libertad était un camarade ; La
grève des électeurs (O. Mirbeau) ;
La chanson anarchiste avant 1914
; Charles
d'Avray, barde libertaire ?
Le Père Peinard : almanach
et hebdomadaire anarchiste ;
Octave Mirbeau
(journaliste, romancier, dramaturge anarchiste) ;
A
lire ou à écouter :
La chanson d'un gars qu'a mal tourné (Editions
du vent du ch'min)
;
Un gas de la belle époque qui a mal tourné (Maria jose Palma
Borrego)
Quarante ans de propagande anarchiste
(Jean Grave) ;
La chanson anarchiste en France des origines à 1914 (Gaetano Manfredonia.
Editions l'Harmattan)
De nombreux disques (CD) reprennent des chansons de Gaston Couté.
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