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Les artistes anarchistes espagnol
restent méconnus en France.
Nous connaissons surtout les affiches de la Révolution espagnole.
A part quelques exceptions, leur style rappelle malheureusement trop souvent
les affiches réalisées par les bolcheviques en Union soviétique.
Il s'agissait alors d'un art de propagande au service de la Révolution,
et il semble que les artistes ont manqué d'autonomie pour leurs
réalisations.
Nous ne pouvons pas savoir ce qu'aurait peint ou dessiné Ramon
Acin pendant la Révolution, il a en effet été assassiné
par les fascistes dès 1936.
Sonya Torres Planells a publié en 1998 un ouvrage consacré
à Ramon Acin aux éditions Virus de Barcelone. L'auteur
fait partie du Groupe de recherches sur la théorie de l'art à
Barcelone, elle a également écrit plusieurs articles dans
la revue libertaire culturelle Orto.
Son livre n'est pas disponible en français, une traduction serait
donc la bienvenue.
Ramon Acin est un personnage très attachant, aux multiples facettes.
Il fut un actif militant anarcho-syndicaliste, un pédagogue libertaire,
un écrivain et un artiste d'avant-garde.
L'anarchiste
Né en 1888 à Huesca au nord de l'Aragon, il participe dès
1913 à Barcelone à la création de la revue La
Ira (la Colère). Son sous-titre était : organe d'expression
du dégoût et de la colère du peuple.
Il collaborera à de nombreuses revues anarchistes en Aragon et
en Catalogne : Floreal, El Talion, Cultura y accion, Lucha social,
Solidaridad obrera, etc.
Il participe aux divers congrès de la CNT où il représente
la ville de Huesca. Sa popularité y était telle qu'il aurait
pu facilement devenir maire, mais ses convictions anarchistes l'éloignèrent
de cette idée.
Ses écrits l'enverront à plusieurs reprises en prison. Sa
participation à des soulèvements le contraignent à
l'exil à Paris en 1926 et 1931. En 1936, les autorités de
Huesca refusant d'armer le peuple, l'armée et la garde civile prennent
facilement le pouvoir. La répression est terrible: parmi les nombreux
fusillés se trouvent Ramon Acin et sa compagne Conchita Momas.
Le pédagogue
En 1916, il est nommé professeur de dessin à l'École
normale de Huesca. Pacifique, il pense que l'éducation est la principale
arme de la révolution sociale. Partisan de l'éducation rationaliste,
il est un admirateur de Francisco Ferrer et de Joaquîn Costa.
Avec sa compagne, il se charge de l'éducation de ses deux filles
Katia et Sol. Il organise des cours du soir pour les ouvriers et, en 1922,
il crée une académie privée de dessin à son
domicile où il peut mettre en application une pédagogie
libertaire. En 1932, il organise avec Herminio Almendros le premier Congrès
de la technique de l'imprimerie à l'école où sont
présentées les réalisations de Célestin Freinet.
Un deuxième congrès sera organisé en 1935.
Ramon Acin, Conchita
Momas et la Cocotte en papier !
L'écrivain
Ramon Acin a écrit plus d'une centaine d'articles aussi bien dans
la presse libertaire que dans la presse régionale (El Diario
de Huesca notamment). On y trouve des critiques idéologiques,
des textes autobiographiques, des critiques d'art et des hommages rendus
à des personnages illustres ou à des amis.
Il est à remarquer son intérêt pour l'écologie
avec notamment des articles sur le reboisement. Il a parlé de défense
animale avec des textes contre la tauromachie.
Il a aussi écrit sur le végétarisme et le naturisme.
Il anime également des conférences sur des sujets aussi
variés que les enfants russes, les employés de commerce,
l'anti-électoralisme ou l'écrivain Ramon Gomez de la Serna.
Rêve de
prison (1929)
L'artiste
L'uvre artistique de Ramon Acin est très variée. Il
a publié plus de 80 dessins et caricatures contre la guerre, l'Église,
la corrida, etc. Ses dessins ont un trait sûr et simple, ils vont
à l'essentiel. En 1913, l'obtention d'une bourse lui permet de
voyager et de faire de grandes peintures à l'huile (par exemple
une Vue de Grenade depuis le Generalife).
À Paris, il a été en contact avec les artistes d'avant-garde.
Il est l'ami de Picasso, de Salvador Dali et de Luis Bunuel. Il publie
plusieurs manifestes artistiques. Il souhaitait mettre l'art à
la portée de tous. En 1928, son manifeste sur Goya s'oppose aux
commémorations officielles.
Sculpteur, il réalise le monument des Pajaritas (cocottes
en papier) qui est aujourd'hui l'un des symboles de la ville de Huesca.
Il expose à Madrid en 1931 des sculptures expressives en plaques
de métal découpées (la Danseuse, le Garrotté).
Elles connaissent un grand succès.
Influencé par le surréalisme, il réalise plusieurs
collages. Gagnant d'une grosse somme à la loterie, il va produire
le film de Bunuel Terre sans pain -"Las Hurdes"- (1)
et voyage pour cela avec lui en Estrémadure. Enfin, il s'intéresse
aux arts et traditions populaires : il collecte des objets anciens en
vue de l'ouverture d'un musée.
Nous avons pour drapeau l'amour de la culture, le culte de la fraternité
et de la liberté, écrivait Ramon Acin à
la fin de l'un de ses manifestes. Les franquistes ont détruit ou
caché une partie de ses sculptures. Son uvre et ses idées
en font l'un des artistes importants du XXème siècle. Des
expositions lui ont rendu hommage dans les années 1980 à
Huesca et à Barcelone.
Felip Equy
Paru dans le Monde Libertaire, décembre 2004
1- Essai de géographie
humaine présenté pour la première fois à Madrid
en 1933, par Luis Buñuel, qui en lisait le commentaire au micro
(la copie originale étant muette) tout en passant des disques de
Brahms, cet "essai cinématographique de géographie
humaine" provoqua un grand scandale.
Il fut interdit jusqu'en 1937 par le gouvernement républicain,
qui lui reprochait de montrer une image misérable de l'Espagne.
En, 1936, la guerre ayant porté l'Espagne sur le devant de la scène,
Buñuel, qui se trouvait à Paris, pût enfin trouver
un distributeur. Le film, sonorisé en anglais et en français,
fut alors diffusé dans le monde entier avec le commentaire final
du réalisateur, qui explique en détail les raisons de ce
terrible état de la population, qui, selon lui, ne doit rien au
hasard.

Autres
articles :
1936,
à la veille de la révolution ;
18
et 19 juillet 1936, la riposte ouvrière face au coup d'Etat fasciste
à Barcelone (racontée par Abel Paz) ;
Le 19 juillet 1936
dans les Asturies ;
Eté 1936, la défense de Madrid (vue par Cipriano Méra)
;
L'autogestion et la construction d'une société
libertaire :
La
CNT et l'éducation ; Amposta
village collectivisé (Catalogne)
Les collectivisations
en Espagne (A. Souchy) ; Calenda
: le communisme libertaire en Aragon ;
les coopératives
dans les collectivités libertaires en Aragon 1936 1939 ;
Gaston Leval et l'Espagne libertaire ; Principes
et enseignements des collectivisations (G. Leval)
Les industies
collectivisées (Vernon Richard) ;
Pourquoi les taxis
de Barcelonne sont-ils rouges & noirs ? ;
Mujeres
libres (femmes libres) ; Portraits
de femmes anarchistes ; Femmes
dans la guerre et dans la révolution ;
Les FIJL et la révolution
(Fédération ibérique des jeunesses libertaires)
;
1936/19..,
Estampe de la révolution Espagnole (témoignage d'une femme
dans la tourmente révolutionnaire).
Cinéaste militant
sur le front d'Aragon interview d'Adrien Porchet ;
l'industrie du spectacle
socialisée à Barcelone (témoignage de L. Mercier
Véga) ;
1936-1939,
cinéma guerre et révolution en Espagne : Ni Hollywood ! Ni
Moscou ! ;
le Syndicat des dessinateurs profesionnels de Barcelone (SDP UGT) ; Eléments biographiques sur ceux qui ont donné des couleurs à la révolution espagnole ;
Guerre ou/et Révolution
en Espagne 1936 - 1939
?
Mai 37 : la contre révolution
stalinienne ; la
Tchéka en Espagne ; les
fossoyeurs de la révolution ? ;
les milices anarcho-syndicalistes,
la militarisation et la discipline ;
la Colonne Durruti
; Ortiz un général
sans Dieu, sans Maître ;
Structure et organisation
de la Colonne de Fer (Columna de hierro) ;
Le Plénum des
colonnes confédérales et anarchistes Février 1937
;
A propos du film de
Ken Loach "Land et Freedom" ; 1937,
les crimes staliniens en Aragon (Gaston Leval) ;
Lettre ouverte
à la Camarade Frederica Montseny, avril 1937 (C. Berneri) ;
Biographies :
Camillo
Berneri et Francisco Barbieri ; Buenaventura
Durruti ;
Jose Ester Borras
et le "réseau d'évasion Ponzan" ; Armand
Guerra cinéaste anarchiste
;
Mohamed Sail : la
kabylie libertaire ?
Le
surréalisme, c'est l'insurection de l'esprit
; Surréalisme
et Anarchisme (articles et textes) ;
A
lire :
A contretemps, n° 9 (article de Sonya Torres Planells) juin
2002 ;
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