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Les années qui vont du vote
des lois de Jules Ferry à la Grande Guerre de 1914 furent incontestablement
celles où le mouvement anarchiste, en France, connut sa période la plus
florissante, et où son influence et son importance sur la scène politique
furent les plus importantes.
Certes, en France et ailleurs, les anarchistes se sont toujours préoccupé
du problème de l'éducation, qu'ils placent au cœur de la question sociale.
Mais plus encore qu'à d'autres moments, le thème de l'enfant, de l'école,
de l'instruction est alors abordé d'une manière récurrente tant dans les
joumaux que dans les livres édités par le mouvement libertaire.
La
critique de la laïcité républicaine
Les préoccupations des "compagnons", comme on les nommait alors, s'inscrivaient
indiscutablement dans le débat qui, tout au long du XlXe siècle, avait
l'enfant et l'école pour enjeu ; courant qui animait, en vérité, toutes
les forces politiques progressistes ou "rétrogrades" du moment. L'école
que Jules Ferry et ses collaborateurs avaient mise en place, était pour
les libertaires condamnable à plusieurs égards. Pour eux, le système scolaire
républicain ne prenait pas en compte les besoins de l'enfant, ne cherchait
pas à développer sa personnalité, mais au contraire tendait à l'uniformité
des individus et préparait à l'inégalité sociale.
Ce système absurde, qui farcit les cerveaux de préjugés et truffe les
consciences de devoirs est inacceptable pour des générations vivant au
siècle de la vapeur et de l'électricité, écrira ainsi le militant pédagogue
Sébastien Faure (1). Mais le discours anarchiste ne participait pas uniquement
de la critique de l'école officielle, bien au contraire.
Depuis les origines, l'anarchisme avait affirmé des conoeptions éducatives
particulières, et il s'agissait également de les mettre en avant et de
les faire connaître. Aucun des théoriciens de l'anarchisme en effet (Stirner,
Proudhon, Bakounine) n'avait oublié d'accoder une place de tout premier
plan à l'éducation, jugée indispensable à la réalisation d'une société
nouvelle ; place que les compagnons reprenait à leur compte dans leur
propagande. Le maître mot en est la liberté. La liberté par l'enseignement
sera d'ailleurs le titre d'une des premières brochures éditées par un
groupe de compagnons (et cosignée par Louise Michel, Elisée Reclus, Léon
Tolstoï) en 1898.
Liberté la plus grande possible laissée à l'enfant, par opposition au
"carcan" proposé par le système institutionnel. Par conséquent, l'adulte
n'est plus un maître mais un guide, qui aiguille le jeune afin de le faire
profiter au mieux de cette toute nouvelle liberté. Car l'enfant qui est
considéré comme un individu à part entière, dispose selon les compagnons
dès le départ d'aptitudes très riches.
" Laissez les enfants libres, écrit le hollandais Domela Nieuwenhuis,
car l'enfant apprend à penser à comparer, à juger par lui-même." (2)
Le contenu de l'enseignement préconisé par les anarchistes, car il y en
a un, est celui de l'enseignement intégral que les anti-autoritaires dès
l'époque de la Ière Internationale avaient conçu. Enseignement
universel, rationnel, à la fois manuel, physique, intellectuel et moral,
faisant une large place aux matières scientifiques, au développement du
goût esthétique et à l'hygiène de vie, et préparant à la formation de
l'homme "complet".
Une très grande place également est faite à l'éducation morale, puisque
l'éducation n'est pas conçue comme synonyme d'enseignement ou d'instruction,
mais bien comme formation de l'individu. L'éducation morale se réalise
donc dans un milieu ambiant harmonieux, en dehors bien sûr de tout enseignement
religieux, et par la pratique de la coéducation des sexes.
La mixité tient à cœur les compagnons car, comme l'écrivent abruptement
Degalvès et Janvion (qui créèrent en 1897 une école libertaire) "une agglomération
unisexuelle, cela sent le couvent et la caserne." (3)
De 1895 à 1914 en particulier, les compagnons multiplient les actions
en faveur,de l'éducation : création de bibliothèques, organisation de
cours du soir, pique-niques dominicaux avec les enfants, expériences éducatives...
Certains participent aux Bourses du Travail, mouvement animé par Fernand
Pelloutier, dont la devise était "instruire pour révolter".
D'autres suivent les conférences des Universités populaires. D'autres
encore (les individualistes) créent des "causeries populaires", dissidentes.
Les écrits des compagnons traitant de l'éducation libertaire ou abordant
la question de l'école foisonnent. Ils attestent d'un intérêt marqué et
de plus en plus prononcé pour tout ce qui conceme l'enfant et sa formation,
ainsi que de la recherche de moyens adaptés à cette formation.
Rares sont alors les numéros du Libertaire ou des Temps nouveaux, qui
ne traitent de l'éducation libertaire en général ou de questions particulières
en rapport à ce sujet.
Rares sont les conférences qui n'abordent pas cette question.
Rares enfin sont les brochures, les ouvrages, qui ne se penchent sur le
sujet.
La recherche de moyens
adaptés
Les anarchistes comprennent
très vite qu'ils ne peuvent donner un enseignement différent de l'instruction
officielle sans outils appropriés : notamment des livres, manuels scolaires
ou littérature enfantine. Dans les journaux, ce souci apparaît surtout
dans le courrier des lecteurs.
Un militant écrit ainsi aux Temps nouveaux : des ouvrages pour les
enfants dans le sens de nos idées, je n'en connais pas.(4) Un autre
réclame : des images d'Epinal, où des légendes et des critiques détruiraient
quelque peu le patriotisme, l'esprit religieux et le principe d'autorité.
(5)
Ce problème est très souvent évoqué.
En 1901, la revue L'Education libertaire lance même une enquête sur les
écrits destinés aux enfants, envoyée aux écrivains qui s'intéressent aux
questions d'éducation. Elle les interroge aussi bien sur le fond, la forme
et le style que doivent selon eux présenter ces écrits. Le groupe de l'Ecole
libertaire, qui s'est constitué à Paris pour tenter de créer une école,
manifeste également son souci de faire des livres " conçus ou établis
de façon à ne fournir à l'enfant que des faits positifs " (6).
Le fait est que si les catholiques, à cette époque, lancent régulièrement
l'offensive contre le contenu des manuels scolaires républicains, les
compagnons ne trouvent leur compte ni dans ceux des uns, ni dans ceux
des autres. lls se livrent à leur propos à des critiques virulentes. En
1903, par exemple, la revue L'Education intégrale n'hésite pas à classer
les livres scolaires en bons, plutôt rares et que les libertaires eux-mêmes
ont écrits, et en mauvais, la "place d'honneur" étant réservée à ceux
de Maurice Bouchor.
Le problème du contenu se pose en priorité pour les livres d'histoire,
empreints d'après les libertaires de chauvinisme et de xénophobie. On
y préférera l'Histoire de France et de l'Europe illustrée de Gustave Hervé,
dont le sous-titre semble plus explicite : L'enseignement pacifique par
l'histoire. L'enseignement des mathématiques et des sciences préoccupent
également beaucoup les compagnons. Il a une place prédominante dans l'éducation
libertaire, entre autre parce que l'on considère que "l'étude de l'arithmétique
est l'un des plus puissants moyens d'inculquer aux enfants les idées fausses
du système capitaliste".
C'est particulièrement Charles-Ange Laisant, ancien polytechnicien proche
des milieux libertaires, qui s'attachera à rendre l'enseignement scientifique
attrayant. Son ouvrage -l'éducation fondée sur la science (1904)-
comprenant une initiation aux mathématiques et à l'étude des sciences
physiques est un véritable manuel d'enseignement faisant preuve d'une
remarquable connaissance de la psychologie de l'enfant de la part de l'auteur.
De nombreux échanges au sujet de ces ouvrages eurent lieu avec les écoles
rationalistes que Francisco Ferrer et ses compagnons créaient alors à
Barcelone et en Espagne.
En 1904, la Ligue pour la défense voit le jour. Son but : publier pour
les enfants des ouvrages conçus suivant des méthodes scientifiques basées
sur l'observation, l'expérimentation et l'examen critique même de l'élève.
Les manuels scolaires conçus par des libertaires semblent pourtant avoir
été assez rares. Beaucoup plus rares en tout cas que les ouvrages de fiction.
Certains militants se lancent en effet dans l'écriture à destination des
petits. Dès les années quatre-vingt Louise Michel avait rédigé des contes
pour enfants, comme l'histoire de La vieille Chéchette.
En 1901, Jean Grave, le rédacteur des Temps nouveaux, écrira notamment
: Les Aventures de Nono. Nono s'étant perdu se retrouve dans les
pays de l'Autonomie où il est recueilli par la fée Solidaria et où il
croise Liberta. Une façon comme une autre de décrire la société idéale...
La
place de la littérature enfantine
Le même esprit anime les Contes
néo-calédoniens de Charles Malato, Jacques et Marthe de René Chaughi ou
les contes pacifistes de Madeleine Vernet et d'Albert Thierry. La production
reste cependant limitée : c'est pourquoi les anarchistes sélectionnent
quelques auteurs jugés intéressants pour les enfants. C'est ce que fera
en particulier Jean Grave en publiant à trois reprises des recueils de
contes. Au côté de ses propres textes, y figuraient ceux d'écrivains plus
célèbres, dont certains, le plus souvent anglais, sont traduits. Au palmarès
figurent bien sûr Tolstoï, mais aussi Andersen, Grimm, ou encore William
Mords et Oscar Wilde. Les compagnons attribuent de l'importance à l'image
et les écrits sont toujours illustrés.
On fait appel pour cela à des artistes anarchisants ou militants convaincus
: Maximilien Luce, Steinlein, Hermann Paul, Pissaro et d'autres.
Quelquefois même l'image se suffit à elle-même.
En 1898, une planche intitulée Chauvinard, à destination des enfants,
inaugure " L'Imagerie des Temps nouveaux ". Son dessin, signé Lapiz, aussi
bien que ses légendes, sont aussi subjectifs que son titre. Enfin, certains
écrivirent des chansons enfantines, dont les vertus pédagogiques étaient
particulièrement appréciées.
Louise Quitrine compose des Rondes pour récréations enfantines, Sébastien
Faure publie un recueil à l'intention des tout petits et surtout sa composition
l'Internationale des enfants.
Les
publications pour enfants
A l'époque du Magasin d'éducation
et de récréation et de La semaine de Suzette, les anarchistes souhaitent
bien sûr avoir un journal pour les enfants. Jean-Pierre, bimensuel de
1901 à 1904, est très souvent cité dans les journaux libertaires et conseillé
pour les jeunes.
Ce n'est cependant pas l'œuvre des militants qui jusque-là se sont préoccupés
d'éducation dans le mouvement. Mais certains y écrivent (André Girard,
Paul Robin, Georges Darien) et beaucoup le donnent à lire à leurs enfants.
Jean-Pierre est en fait le petit frère des Cahiers de la Quinzaine.
Ce sont les socialistes Robert Debré, Jacques et Raïssa Maritain, chapeautés
par Charles Péguy à l'époque où i1 côtoyait Maurice Reclus, qui lancèrent
le journal.
Des contes y côtoient des devinettes, des jeux et des dessins, d'une forte
charge idéologique :
Le lecteur averti de Jean-Pierre ricanait sur la Sainte-Vierge, criait
Croa ! Croa ! en passant devant les églises, et jetait à 1'égoût les humbles
soldats de pbmb, cadeau d'une grand-mère non évoluée, racontera un
des biographes (par ailleurs maurassien) de Péguy (7).
Jean-Pierre remporta, à ses débuts, un grand succès ; mais après différents
déboires, et l'intérêt diminuant des Maritain, précédant déjà Péguy sur
le chemin de la conversion au catholicisme, le journal cessera de paraître.
Sept ans plus tard, un joumal du même type naîtra à son tour, et qui affirme
sa filiation avec Jean-Pierre.
C'est cette fois-ci, dans le sillage du syndicalisme révolutionnaire,
dans les locaux de la Vie ouvrière fraternellement offerts par Monatte,
que parraissent Les Petits Bonshommes, de 1911 à 1914. Jean Grave, Madeleine
Vernet, André Girard, Charles-Ange Laisant participent à cette revue aux
côtés de la Ligue pour la protection de l'enfance, de responsables syndicaux
comme Maurice Dommanget ou d'instituteurs proches de la revue l'Ecole
émancipée.
Les compagnons, enfin, penseront à se pourvoir de revues pédagogiques.
C'est tout d'abord l'Education intégrale, de Paul Robin, qui paraît irrégulièrement
de 1895 à 1906 : on y aborde les langues systématiques, l'enseignement
de l'histoire, la coéducation...
Puis l'Education libertaire, qui reflète mieux la composante du mouvement
: on y retrouve, de 1900 à 1902, les rédacteurs des Temps nouveaux et
du Libertaire, mais aussi des anarcho-syndicalistes comme Yvetot ou Delesalle.
L'éducation
libertaire et les institutions
L'école républicaine se voit
régulièrement fustigée dans les colonnes de tous les organes de presse
libertaires, et ce, dès le début de la laïcisation en 1881. Cette école,
instrument de la bourgeoisie, qui a remplacé l'amour de Dieu par celui
de la République et de la patrie, ne mérite pas d'être défendue. Le journal
l'Anarchie ne manque pas une occasion de blâmer les " abrutisseurs ",
et de crier : " A bas la laïque ! ".
Cependant, à l'intérieur de chaque journal, des différences d'opinion
se font malgré tout sentir, et s'expriment. Le Libertaire accueillit tout
au long de l'année 1908 des avis discordants et fit s'affronter dans ses
colonnes partisans et adversaires de l'école laïque (8). Et quand l'institution
républicaine se trouve menacée lors de campagnes orchestrées par les cléricaux
(ennemis prioritaires des anarchistes), les compagnons soutiennent cet
acquis minimum qu'est la laïcité scolaire.
Ainsi, quand l'affaire des manuels bat son plein en 1909, une bonne poignée
de militants, dont Sébastien Faure et Madeleine Vernet, prendront ouvertement
parti, malgré tout, pour l'école laïque. En dehors des attaques de
principe contre l'école officielle, ce sont les méthodes et les contenus
qui sont visés. Une pédagogie beaucoup trop magistrale, qui rend l'enfant
soumis et docile.
Des contenus dont les valeurs (autorité paternelle, amour de la patrie
et de l'argent) sont encore et toujours à dénoncer. Tout en critiquant
cet enseignement, les compagnons mettent l'accent sur des thèmes qui leur
tiennent particulièrement à cœur, et qu'ils traitent régulièrement dans
leurs revues : par exemple la science, dont la connaissance rend l'élève
inéluctablement rationaliste et indépendant d'esprit.
Ou encore la mixité et la coéducation des sexes, qui seuls permettront
aux hommes et aux femmes de vivre un jour sur un pied d'égalité. Certains
outils de l'école officielle sont très largement responsables, d'après
les libertaires, de son ineptie.
Les manuels scolaires, comme on l'a vu, mais aussi l'orthographe. Certains
compagnons se sont toujours montrés hostiles à l'écriture académique.
Au début du siècle, les articles favorables à une réforme de l'orhographe
se multiplient, prônant une simplification extrême. La militante individualiste
Anna Mahé fera de cette lutte son "cheval de bataille" et en 1904 elle
écrira de nombreux articles en "ortografe simplifiée" dans le Libertaire
et dans l'Anarchie.
Le
combat pour la défense de l'enfant
Mais l'enfant intéresse les
anarchistes bien au-delà du problème de sa scolarisation.
Les occasions sont nombreuses de parler de son éducation au sens large
et de dénoncer les abus de la société à son égard. André Girard particulièrement,
dans les Temps nouveaux, mène une véritable croisade contre les parents
autoritaires. A grands renforts de faits divers empruntés à la presse
nationale (notamment sur les suicides d'enfants), il dénonce la misère
morale engendrée selon lui par une éducation paternelle tyrannique.
Le thème de l'Assistance Publique également, est abordé régulièrement.
Le 23 octobre 1897, a lieu rue du Temple à Paris une conférence sur ce
sujet : " Ils'agit de savoir si l'Assistance publique a seulement pour
but de dilapider des centaines de mille francs, pour engraisser les ronds
de cuir ", écrit les Temps nouveaux. Les compagnons dénoncent la misère
des jeunes vagabonds et des jeunes orphelins et s'insurgent contre l'Assistance
publique qui ne remplit pas, selon eux son rôle.
En matière de crauté subie par les enfants, le paroxysme est alors atteint
avec ce que l'on appelle à l'époque les " bagnes d'enfants ". Ils sont
encore un certain nombre, en France, dont le fonctionnementet les méthodes
n'ont rien à envier à leur grand frère de Cayenne. Les journaux anarchistes
rappellent souvent à leurs lecteurs l'existence de ces horribles pénitenciers.
lls relayent encore davantage l'information lorsque des scandales éclatent.
En 1898 et 1899, des révélations sur le régime répressif en vigueur à
la colonie d'Ariane (Hérault) provoque un scandale, entraînant à son tour
les jeunes dans les centres du Val d'Yerres puis d'Eysses.
Une campagne est lancée, à laquelle les compagnons se joignent avec ardeur.
Dix ans plus tard ils reprendront le flambeau, pour dénoncer les " tortionnaires
d'enfants " qui sévissent à la colonie de Vermineaux et à celle de Mettray,
et pour soutenir la révolte des jeunes de la colonie de Belle-Ile.
L'éducation
libertaire et son époque
Les écrits sur l'éducation
et les actions menées en ce sens à la Belle Epoque par les anarchistes
se présentent donc comme un formidable foisonnement d'idées et d'actes,
en quête de la formation idéale qui mènera l'homme à la transformation
du Vieux Monde, mais aussi qui le préparera à vivre dans la société future,
libertaire, tant désirée.
Quoique le plus souvent en rupture avec le discours dominant de l'époque,
les idées des compagnons en matière d'éducation sont pourtant marquées
par le sceau de l'idéologie du XIXe siècle, qui voit dans la science la
réponse à tous les problèmes, et qui lui donne un aspect suranné aujourd'hui.
L'enseignement scientifique en effet fut démocratisé tout au long du XXe
siècle, comme le souhaitaient les républicains, mais aussi les anarchistes.
Et il est devenu, par une sorte d'effet pervers, un critère de distinction
de classes et de réussite sociale, contrairement à leur attente.
De même les compagnons, s'ils s'évertuent à casser le modèle dominant
la famille, reprennent à leur compte celui de l'école et se révèlent pour
la plupart incapables de concevoir un acte éducatif organisé en dehors
du cadre scolaire ; cadre qui n'est autre finalement que celui choisi
par la bourgeoisie, au XlXe siècle, pour adapter l'enfant à ses valeurs.
Les idées anarchistes n'en sont pas néanmoins, par d'autres aspect étonnamment
modernes et en avance sur leur temps. Coéducatin des sexes, apprenti sage
et orientation professionnelle, école ouverte, méthodes actives, importances
de la petite enfance, du jeu, pas un de ces nombreux sujets qui n'ait
été abordé, théorisé, développé en effet par les compagnons bien avant
qu'ils deviennent habituels et communs.
Mais c'est surtout dans son rapport à l'enfant que l'anarchisme fait preuve
d'originalité et de modernité à l'époque. Celui-ci n'est pas conçu en
effet comme un petit homme ou une petite femme mais comme un individu
à part entière, qui joue son propre rôle dans son éducation, qui est acteur
de sa vie dès son plus jeune âge.
On comprend mieux alors mieux pourquoi la "Belle Epoque" peut être considérée
véritablement comme ayant été "l'âge d'or" de l'éducation libertaire.
L'éducation en tant que projet global d'émancipation individuelle et sociale
se trouve, en tout cas, au cœur des débats, et se révèle comme inhérente
aux "doctrines" anarchistes, et totalement intégrée aux démarches des
libertaires.
L'éducation est bel et bien le facteur d'évolution alors le plus important
à leurs yeux.
C'est elle qui, comme l'a développé Elisée Reclus dans L'évolution,
la révolution et l'idéal anarchique, permettra que les révolutions
soient " faciles et pacifiques ".
Nathalie Brémand
(1) Sébastien Faure,
La Douleur universelle (rééd. 1895), Paris 1921, p. 349.
(2) Domela Nieuwenhuis, L'Education libertaire, Aux Temps nouveaux, Paris,
1900, p.14.
(3) Jean Degalves, Emile Janvion, " L'Ecole libertaire ", in L'Humanité
nouvelle n° 2, juin 1897, p. 217.
(4) Les Temps nouveaux n° 9, 26 juin-2 juillet 1897.
(5) Les Temps nouveaux n° 26, 23-29 août 1897. (6) Les Temps nouveaux
n° 51, 16-22 avril 1898. (7) René Johannet, Vie et mort de Péguy, éditions
Flammarion, Paris, 1950, p. 125.
(8) Mona Ozouf, " La presse ouvrière et l'école 1aïque en 1908 et 1909
", in Le Mouvement Social n° 44, juillet-sept. 1963 p.162.
A lire également
sur le sujet :
Jean-Marc Raynaud, T'are ta gueule à la récré !. Dires et agirs d'éducations
libertaires, éditions du Monde Libertaire, Paris, 1987.
Roland Lewin, Sébastien Faure et La Ruche ou l'éducation libertaire, I.
Davy éditeur, Vauchrétien, 1989.
Ecrits pédagogiques de Sébastien Faure, éditions du Monde Libertaire,
Paris, 1992.
Paul Robin, " L'enseignement intégral ", Volonté Anarchiste n° 41, groupe
Fresnes-Antony (34, rue Jean-Moulin, 92160 Antony), 1992.
Nathalfie Brémand Cempuis, une expérience d'éducation libertaire à l'époque
de Jules-Ferry, éditions du Monde Libertaire, Paris, 1992. Prix 80 F.
En vente à la Librairie du Monde Libertaire.
Autres
articles :
La
Ruche ; les
anarchistes et l'éducation sous Jules ferry ; Francisco
Ferrer y Guardia ;
Francisco Ferrer et l'école
moderne ; Un
siècle d'éducation libertaire ;
Propos
sur l'Education libertaire ; La
CNT et l'éducation ;
Paul Robin et l'orphelinat
de Cempuis ; la
Commune de Paris, l'éducation et la culture ;
Bonaventure, une école libertaire aujourd'hui ; Propos
sur l'Education libertaire ;
Histoire
des Bourses du Travail ; Sébastien
Faure ; les
Temps Nouveaux ;
A
lire :
Sébastien Faure écrits pédagogiques (Editions
du Monde libertaire) ; Cempuis une expérience libertaire à
l'époque de Jules Ferry (Editions du Monde libertaire ; CIHPL
Francisco Ferrer ; l'Affaire Ferrer (R. Bianco, M. Rébérioux,...)
; L'enseignement intégral (Paul Robin Volonté Anarchiste)
; La Ruche, une école libertaire à Rambouillet (E.
Stéphan - SHARY)
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