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Alors qu'en 1889, lors de
l'exposition universelle de Paris, s'ouvre le premier Congrès international
des habitations ouvrières sous la présidence de jules Siegfried, est créé
le premier syndicat des locataires avec Pennelier, Il est vrai que la
liberté syndicale ne date que de 1884.
Des ramifications vont exister en province, à Dijon, Lyon, Nice, Nantes
et Saint-Étienne. À Dijon, le syndicat édite un journal : Le Cri du locataire.
L'anarchiste syndicaliste Pennelier est secrétaire du Cercle amical des
employés. En 1903, il organise le Syndicat des locataires sur un mode
corporatif et le dote d'un programme de lutte contre le logement insalubre.
Le 4 juillet 1906, le syndicat se réunit chez un marchand de vin au bar
de la Bourse, 1 bis boulevard Magenta.
Le syndicat n'a plus rien en caisse et se trouve dans l'impossibilité
de faire imprimer le long manifeste que Pennelier a lu aux assistants.
Il est décidé de limiter l'activité du syndicat à la tenue de permanences
les jours du terme, au bar de la Bourse, pour s'occuper des déménagements
clandestins. En payant 25 centimes par mois et en justifiant qu'on n'a
pas plus de 600 F de loyer, on a le droit d'en faire parti.
Le syndicat s'engage à sortir à la barbe du concierge les meubles de ses
adhérents. Le travail s'effectue sous la direction du secrétaire du syndicat.
La revue Lecture pour tous, en janvier 1907, décrit Pennelier ainsi :
"ancien clerc d'huissier, petit homme singulier perdu dans des habits
trop vastes". Un jour, les membres du syndicat vont jusqu'à percer
le mur d'une cour et sortir les meubles d'un camarade dans le terrain
vague contigu.
Années impertinentes, faut-il y voir un signe ?
Trois personnages, menteurs, chapardeurs, cherchant sans cesse le bon
tour à jouer, le bourgeois à plumer après l'avoir ridiculisé, paraissent
en 1908 dans le journal L'Épatant. Il s'agit de Croquignol, Ribouldingue
et Filochard, les Pieds nickelés, créés par Forton.
La bourgeoisie conservatrice s'en émeut. L'Humanité les soutient en 1911.
Union syndicale des
locataires ouvriers et employés
Le 4 décembre 1909, jean Breton, dit Constant, conseille, prud'homme et
ouvrier de la voiture, réunit quelques camarades dans le but de créer
un nouveau " syndicat des antivautours ".
Quelques jours plus tard, le 6 janvier 1910, à la Bourse du travail de
Clichy, est créée, avec un titre moins racoleur, l'Union syndicale des
locataires ouvriers et employés du département de la Seine. Constant n'est
pas un inconnu. Ancien communard condamné à la déportation puis gracié
en 1884, il est l'un des animateurs de la Ligue de la grève des loyers
et des fermages dans les années 1884-1888. Le bouillant Constant ne reste
que quelques mois à la tête de l'Union syndicale. Il est remplacé par
un dénommé Marcille, militant de Levallois-Perret.
En janvier 1911, le bureau de l'Union est constitué. Marcille en est le
secrétaire général, Louis Ragon, secrétaire de la section du Ve arrondissement
de Paris, son adjoint, et un certain Georges Cochon le trésorier.
Leur programme se situe en droite ligne du syndicat de Pennelier : assainissement
des logements insalubres par les propriétaires, insaisissabilité du mobilier
des ouvriers, paiement à terme échu, taxation des loyers au même titre
que le pain, suppression du " denier à Dieu"* et des étrennes au concierge.
Les déménagements à la cloche de bois se poursuivent et même s'amplifient.
Dans le même temps, une grande campagne de propagande, lors de réunions
publiques, mobilise les militants du syndicat pour aider à la création
de sections qui naissent très rapidement dans quelques arrondissements
de Paris et une dizaine de communes de banlieue.
Le syndicat hésite sur la stratégie à adopter. "Il faut associer
les parlementaires, disent les uns." Il faut généraliser les déménagements
à la cloche de bois et séquestrer les concierges ", prônent les partisans
de l'action directe.
" Il faut décréter la grève des loyers ", assène Constant qui conserve
toujours une grande influence dans le syndicat et pour qui le simple terme
de grève possède une résonance quasi mystique.
En février, Constant, d'un doigt vengeur, accuse publiquement Marcille
d'avoir détourné à son profit l'argent du syndicat. Marcille est exclu
moins d'un mois après sa désignation.
Patrick
Kamoun
* le denier de Dieu est la
prime d'emménagement donné au concierge
voir l'album
photo
Un tour de Cochon : la
"Maison avec jardin"
Deux jours avant sa propre
expulsion, le 28 janvier 1912, Cochon va réaliser un coup de maître.
Les membres du Syndicat des locataires, avec l'aide de quatre compagnons
du Syndicat des charpentiers, préparent en grand secret les éléments préfabriqués
d'une maison de fortune destinée à M. Husson, marchand des quatre saisons,
sa femme et ses huit enfants dont l'aîné a 12 ans et le plus jeune onze
mois.
La famille Husson habitait depuis trois ans à la villa Maurice, au 79
de la rue Claude-Decaen. Les Husson s'acquittaient régulièrement de leur
loyer, Ils viennent d'être expulsés pour avoir trop d'enfants ! Cochon
s'est adressé en vain au préfet de la Seine et à M. Mesureur, directeur
de l'Assistance publique, pour tenter de trouver une solution au relogement
de la famille nombreuse. Il n'a reçu aucune réponse.
A six heures du matin, le 28 janvier 1912, par un froid glacial, deux
voitures à bras tramées par quatre solides charpentiers, Habert, Mazet,
Rivère et Front, pénètrent aux Tuileries par l'allée centrale.
L'une des charrettes est chargée de meubles, l'autre de planches.
L'agent en faction laisse passer. Il croit qu'il s'agit d'ouvriers de
la ville, venant effectuer quelques travaux. Mais le cortège qui suit
peu après, l'inquiète vivement.
Escortée d'une dizaine de membres du Syndicat des locataires, la famille
Husson est là, au grand complet, les deux plus jeunes enfants aux bras
de leurs parents. Elle est accompagnée avec solennité par M. Morin, conseiller
municipal du XIIe arrondissement, ceint de son écharpe tricolore.
L'agent affolé court prévenir son supérieur.
L'officier de paix Millet accourt accompagné d'une dizaine d'agents.
Trop tard !
En treize minutes, dans l'allée où se tient d'ordinaire le charmeur d'oiseaux,
face au Carrousel, nos compagnons ont bâti une bicoque sur laquelle on
peut lire une grande pancarte :
"Maison avec jardin offert par l'Union syndicale des locataires
et le syndicat du bâtiment à une famille de 10 personnes sans logis, abandonnée
par l'Assistance publique."
La police intervient au moment
même ou Cochon installe le poêle.
Trop tard le Petit journal a été convoqué. Le Matin prend
des photos et le dessinateur croque sur sa planche à dessin la scène qu'il
va immortaliser. Il y a aussi des reporters du Temps, de la
Bataille Syndicaliste et de l'Humanité.
"Maison avec jardin" reprend la presse et pas n'importe lequel, un jardin
de Rois : les Tuileries.
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