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:Intervention de Christian
Cornélissen.
elle se situe entre celles de Pierre Monatte et d'Errico
Malatesta.
Je ne crois pas que des anarchistes puissent désapprouver en rien le discours
de Monatte. Toutefois, il faut convenir que celui-ci a trop uniquement
parlé en militant syndicaliste et que, de notre point de vue anarchiste,
son discours aurait besoin d'être complété.
Anarchistes, c'est notre devoir de soutenir et le syndicalisme et l'action
directe, mais à une condition : C'est qu'ils soient révolutionnaire dans
leur but, c'est qu'ils ne cessent pas de viser à la transformation de
la société en une société communiste libertaire.
Ne nous dissimulons pas que le syndicalisme d'une part, l'action directe
d'autre part, ne sont pas toujours et forcément révolutionnaires. On peut
les employer aussi dans un but conservateur, voire réactionnaire.
Ainsi les diamantaires d'Amsterdam et d'Anvers ont grandement amélioré
leur condition de travail sans recourir aux moyens parlementaires, par
la seule pratique de l'action syndicale directe. Or que voit-on ? Les
diamantaires ont fait de leur corporation une sorte de caste fermée, autours
de laquelle ils ont élevé une vraie muraille de chine. Ils ont restreint
le nombre des apprentis et s'opposent à ce que d'anciens diamantaires
retournent à leur métier abandonné. Nous ne pouvons cependant approuvé
ces pratiques !
Elles ne sont d'ailleurs pas spéciales à la Hollande. En Angleterre, aux
Etats-Unis, les Trades-Unions, elles aussi, ont largement pratiqué l'action
directe. Par l'action directe, elles ont créé à leurs adhérents une condition
privilégiée ; elles empêchent les ouvriers étrangers de travailler même
lorsque ces ouvriers sont des syndiqués ; composées d'ouvriers qualifiés
enfin on les a vues parfois s'opposer aux mouvements tentés par les manœuvres,
les "non-qualifiés".
Nous ne pouvons approuver cela.
De même, quand les typos de France et de Suisse refusent de travailler
avec les femmes, nous ne pouvons les approuver. Si actuellement, une guerre
menace entre les Etats-Unis et le japon, la faute n'est pas aux capitalistes
et bourgeois américains ; ceux-ci auraient même plus de profit à exploiter
les ouvriers japonais que les ouvriers américains. Ce sont les ouvriers
américains eux-mêmes qui auraient déchaîné la guerre en s'opposant violemment
à l'importation de la main-d'œuvre japonaise.
Il ya enfin certaines formes d'action directe que nous ne devons pas cesser
de combattre : par exemple, celles qui s'opposent à l'introduction du
machinisme (linotype, élévateurs), c'est à dire au perfectionnement de
la production par le perfectionnement de l'outillage.
Je me réserve de formuler ces idées dans une motion qui dira quelles formes
de syndicalisme et d'action directe peuvent soutenir les anarchistes.
Christian Cornélissen
Motion : Cornélissen
/ Vohryzek / Malatesta (approuvée par 33 voix contre 10)
Le congrès anarchiste International
considère les syndicats à la fois comme des organisations de combat dans
la lutte de classe en vue de l'amélioration des conditions de travail
et comme des unions de producteurs pouvant servir à la transformation
de la société capitaliste en une société communiste anarchiste.
Aussi le congrès, en admettant la nécessité éventuelle de la création
de groupements syndicalistes révolutionnaires particuliers, recommande
aux camarades de soutenir les organisations syndicales générales où ont
accès tous les ouvriers d'une même catégorie.
Mais le congrès considère comme une tâche des anarchistes de constituer
dans ces organisations l'élément révolutionnaire et de propager et de
soutenir seulement telles formes et manifestations d'action directe :
grèves, boycottage, sabotage,… qui portent en elles-mêmes un caractère
révolutionnaire et vont dans le sens de la transformation de la société.
Les anarchistes considèrent le mouvement syndicaliste et la grève générale
comme de puissants moyens révolutionnaires, mais non comme des succédanés
de la révolution. Ils recommandent d'autre part aux camarades, dans le
cas de la proclamation d'une grève générale en vue de la conquête du pouvoir,
de se mettre en grève, mais les invite en même temps à exciter les syndicats
sous leur influence à faire entendre leurs revendications économiques.
Les anarchistes pensent que la destruction de la société capitaliste et
autoritaire peut se réaliser seulement par l'insurrection armée et l'expropriation
violente et que l'emploi de la grève générale et le mouvement syndicaliste
ne doive,nt pas faire oublier les moyens plus directs de lutte contre
la force militaire des gouvernements.
Motion Dunois (approuvée
par 28 voix contre 7) contre signée par P. Monatte, Fuss, Fabbri, Walter,
Nacht, Ziélinska ;
Considérant que le régime
économique et juridique actuel est caractérisé par l'exploitation et l'asservissement
de la masse des producteurs et détermine entre ceux-ci et les bénéficiaires
du régime actuel, un antagonisme d'intérêts absolument irréductible qui
donne naissance à la lutté des classe ; Que l'organisation syndicale solidarisant
les résistances et les révoltes sur le terrain économique, sans préoccupation
doctrinaires, est l'organe spécifique et fondamental de cette lutte du
prolétariat contre la bourgeoisie ;
Qu'il importe qu'un esprit révolutionnaire toujours plus audacieux oriente
les efforts de l'organisation syndicale dans la voie de l'expropriation
capitaliste et de la suppression de tout pouvoir ;
Que l'expropriation et la prise de possession collective des instruments
et les produits du travail ne pouvait être accomplies que par les travailleurs
eux-mêmes ; le syndicat est appelé à se transformer en groupe producteur
et se trouve être dans la société actuelle le germe vivant de la société
de demain ;
Engagent les camarades de tous les pays, sans perdre de vue que l'action
anarchiste n'est pas toute entière contenue dans les limites du syndicat,
à participer activement au mouvement autonome de la classe ouvrière et
à développer dans les organisations syndicales les idées de révolte, d'initiative
individuelle et de solidarité qui sont l'essence de l'anarchisme.
Autres
articles :
Le
congrès anarchiste international d'Amsterdam (1907), motions sur
le syndicalisme ; interventions
de :
Pierre Monatte ; Errico
Malatesta ; Christian
Cornélissen ;
Histoire
des bourses du travail ; le
syndicalisme révolutionnaire face à l'Etat (1895-1914) ;
Fernand Pelloutier
: lettre ouverte aux anarchistes ;
1906, le congrès CGT de la Charte d'Amiens ;
Propos sur le sabotage
(E. Pouget) ;
Errico Malatesta (Biographie)
; Benoit Broutchoux
;
A
lire :
Histoire
des bourses du travail ;
Anarchisme et syndicalisme, le congrès d'Amsterdam 1907 (Editions
du Monde libertaire)
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