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Mon désir n'est pas
tant de vous donner un exposé théorique du syndicalisme
révolutionnaire que de vous le montrer à l'uvre et,
ainsi, de faire parler les faits. Le syndicalisme révolutionnaire,
à la différence du socialisme et de l'anarchisme qui l'ont
précédé dans la carrière, s'est affirmé
moins par des théories que par des actes, et c'est dans l'action
plus que dans les livres qu'on doit l'aller chercher.
Il faudrait être aveugle pour ne pas voir tout ce qu'il y a de commun
entre l'anarchisme et le syndicalisme. Tous les deux poursuivent l'extirpation
complète du capitalisme et du salariat par le moyen de la révolution
sociale. Le syndicalisme, qui est la preuve d'un réveil du mouvement
ouvrier, a rappelé l'anarchisme au sentiment de ses origines ouvrières;
d'autre part, les anarchistes n'ont pas peu contribué à
entraîner le mouvement ouvrier dans la voie révolutionnaire
et à populariser l'idée de l'action directe. Ainsi donc,
syndicalisme et anarchisme ont réagi l'un sur l'autre, pour le
plus grand bien de l'un et de l'autre.
C'est en France, dans les cadres de la Confédération générale
du travail, que les idées syndicalistes révolutionnaires
ont pris naissance et se sont développées. La confédération
occupe une place absolument à part dans le mouvement ouvrier international.
C'est la seule organisation qui tout en se déclarant nettement
révolutionnaire, soit sans attaches aucunes avec les partis politiques,
même les plus avancés. Dans la plupart des autres pays que
la France, la social-démocratie joue les premiers rôles.
En France, la C.G.T. laisse loin derrière elle, par la force numérique
autant que par l'influence exercée, le Parti socialiste : elle
prétend représenter seule la classe ouvrière, et
elle a repoussé hautement toutes les avances qui lui ont été
faites depuis quelques années. L'autonomie a fait sa force et elle
entend demeurer autonome.
Cette prétention de la C.G.T., son refus de traiter avec les partis,
lui a valu de la part d'adversaires exaspérés, le qualificatif
d'anarchiste. Aucun cependant n'est plus faux. La C.G.T., vaste groupement
de syndicats et d'unions ouvrières, n'a pas de doctrine officielle.
Mais toutes les doctrines y sont représentées et y jouissent
d'une tolérance égale. Il y a dans le comité confédéral
un certain nombre d'anarchistes; ils s'y rencontrent et y collaborent
avec des socialistes dont la grande majorité - il convient de le
noter au passage - n est pas moins hostile que ne le sont les anarchistes
à toute idée d'entente entre les syndicats et le parti socialiste.
La structure de la C.G.T. mérite d'être connue. A la différence
de celle de tant d'autres organisations ouvrières, elle n'est ni
centralisatrice ni autoritaire. Le comité confédéral
n'est pas, comme l'imaginent les gouvernants et les reporters des journaux
bourgeois, un comité directeur, unissant dans ses mains le législatif
et l'exécutif : il est dépourvu de toute autorité.
La C.G.T. se gouverne de bas en haut; le syndicat n'a pas d'autre maître
que lui-même, il est libre d'agir ou de ne pas agir; aucune volonté
extérieure à lui-même n'entravera ou ne déchaînera
jamais son activité.
A la base donc de la Confédération est le syndicat. Mais
celui-ci n'adhère pas directement à la Confédération;
il ne peut le faire que par l'intermédiaire de sa fédération
corporative, d'une part, de sa Bourse du travail, d'autre part.
C'est l'union des fédérations entre elles et l'union des
bourses qui constituent la Confédération. La vie confédérale
est coordonnée par le comité confédéral formé
à la fois par les délégués des bourses et
par ceux des fédérations. A côté de lui fonctionnent
des commissions prises dans son sein. Ce sont la commission du journal
(la Voix du Peuple), la commission de contrôle, aux attributions
financières, la commission des grèves et de la grève
générale.
Le congrès est, pour le règlement des affaires collectives,
le seul souverain. Tout syndicat, si faible soit-il, a le droit de s'y
faire représenter par un délégué qu'il choisit
lui-même.
Le budget de la Confédération est des plus modiques. Il
ne dépasse pas 30 000 francs par an. L'agitation continue qui a
abouti au large mouvement de mai 1906 pour la conquête de la journée
de 8 heures n'a pas absorbé plus de 60 000 francs. Un chiffre aussi
mesquin a fait jadis, quand il a été divulgué, l'étonnement
des journalistes. Quoi ! C'est avec quelques milliers de francs, que la
Confédération avait pu entretenir, durant des mois et des
mois, une agitation intense ! C'est que le syndicalisme français,
s'il est pauvre d'argent est riche d'énergie, de dévouement,
d'enthousiasme, et ce sont là des richesses dont on ne risque pas
de devenir l'esclave.
Ce n'est pas sans effort ni sans longueur de temps que le mouvement ouvrier
français est devenu ce que nous le voyons aujourd'hui. Il a passé
depuis trente-cinq ans depuis la Commune de Paris - par de multiples phases.
L'idée de faire du prolétariat, organisé en "sociétés
de résistance, " l'agent de la révolution sociale,
fut l'idée mère l'idée fondamentale de la grande
Association internationale des travailleurs fondée à Londres
en 1864. La devise de l'Internationale était, vous vous en souvenez
: L'émancipation des travailleurs sera l'uvre des travailleurs
eux-mêmes, et c'est encore notre devise, à nous tous, partisans
de l'action directe et adversaires du parlementarisme. Les idées
d'autonomie et de fédération si en honneur parmi nous, ont
inspiré jadis tous ceux qui dans l'internationale se sont cabrés
devant les abus de pouvoir du conseil général et, après
le congrès de La Haye, ont adopté ouvertement le parti de
Bakounine. Bien mieux, l'idée de la grève générale
elle-même, si populaire aujourd'hui, est une idée de l'Internationale
qui, la première, a compris la puissance qui est en elle.
La défaite de la Commune déchaîna en France une réaction
terrible. Le mouvement ouvrier en fut arrêté net, ses militants
ayant été assassinés ou contraints de passer à
l'étranger. Il se reconstitua pourtant, au bout de quelques années,
faible et timide tout d'abord; il devait s'enhardir plus tard. Un premier
congrès eut lieu à Paris en 1876 : l'esprit pacifique des
coopérateurs et des mutualistes y domina d'un bout à l'autre.
Au congrès suivant, des socialistes élevèrent la
voix; ils parlèrent d'abolition du salariat. A Marseille (1879)
enfin, les nouveaux venus triomphèrent et donnèrent au congrès
un caractère socialiste et révolutionnaire des plus marqués.
Mais bientôt des dissidences se firent jour entre socialistes d'écoles
et de tendances différentes. Au Havre, les anarchistes se retirèrent,
laissant malheureusement le champ libre aux partisans des programmes minimums
et de la conquête des pouvoirs. Restés seuls, les collectivistes
n'arrivèrent pas à s'entendre. La lutte entre Guesde et
Brousse déchira le parti ouvrier naissant, pour aboutir à
une scission complète.
Cependant, il arriva que ni guesdistes ni broussistes (desquels se détachèrent
plus tard les allemanistes) ne purent bientôt plus parler au nom
du prolétariat. Celui-ci, justement indifférent aux querelles
des écoles, avait reformé ses unions, qu'il appelait, d'un
nom nouveau, des syndicats. Abandonné à lui-même,
à l'abri, à cause de sa faiblesse même, des jalousies
des coteries rivales, le mouvement syndical acquit peu à peu de
la force et de la confiance. Il grandit. La Fédération des
Bourses se constitua en 1892, la Confédération générale
du travail, qui dès l'origine, eut soin d'affirmer sa neutralité
politique, en 1895. Entre temps un congrès ouvrier de 1894 (à
Nantes) avait voté le principe de la grève générale
révolutionnaire.
C'est vers cette époque que nombre d'anarchistes, s'apercevant
enfin que la philosophie ne suffit pas pour faire la révolution,
entrèrent dans un mouvement ouvrier qui faisait naître, chez
ceux qui savaient observer, les plus belles espérances. Fernand
Pelloutier fut l'homme qui incarna le mieux, à cette époque,
cette évolution des anarchistes.
Tous les congrès qui suivirent accentuèrent plus encore
le divorce entre la classe ouvrière organisée et la politique.
A Toulouse, en 1897, nos camarades Delesalle et Pouget firent adopter
les tactiques dites du boycottage et du sabotage. En 1900, la Voix, du
Peuple fut fondée, avec Pouget pour principal rédacteur.
La C.G.T., sortant de la difficile période des débuts, attestait
tous les jours davantage sa force grandissante. Elle devenait une puissance
avec laquelle le gouvernement d'une part, les partis socialistes de l'autre
devaient désormais compter.
De la part du premier, soutenu par tous les socialistes réformistes,
le mouvement nouveau eut alors à subir un terrible assaut. Millerand,
devenu ministre, essaya de gouvernementaliser les syndicats, de faire
de chaque Bourse une succursale de son ministère. Des agents à
sa solde travaillaient pour lui dans les organisations. On essaya de corrompre
les militants fidèles. Le danger était grand. Il fut conjuré,
grâce à l'entente qui intervint alors entre toutes les fractions
révolutionnaires, entre anarchistes, guesdistes et blanquistes.
Cette entente s'est maintenue, le danger passé. La Confédération
- fortifiée depuis 1902 par l'entrée dans son sein de la
Fédération des Bourses, par quoi fut réalisé
l'unité ouvrière - puise aujourd'hui sa force en elle; et
c'est de cette entente qu'est né le syndicalisme révolutionnaire,
la doctrine qui fait du syndicat l'organe, et de la grève générale
le moyen de la transformation sociale.
Mais - et j'appelle sur ce point, dont l'importance est extrême,
toute l'attention de nos camarades non français - ni la réalisation
de l'unité ouvrière, ni la coalition des révolutionnaires
n'auraient pu, à elles seules, amener la C.G.T. à son degré
actuel de prospérité et d'influence, si nous n'étions
restés fidèles, dans la pratique syndicale, à ce
principe fondamental qui exclue en fait les syndicats d'opinion : un seul
syndicat par profession et par ville. La conséquence de ce principe,
c'est la neutralisation politique du syndicat, lequel ne peut et ne doit
être ni anarchiste, ni guesdiste, ni allemaniste ni blanquiste,
mais simplement ouvrier. Au syndicat, les divergences d'opinion, souvent
si subtiles, si artificielles, passent au second plan; moyennant quoi,
l'entente est possible. Dans la vie pratique, les intérêts
priment les idées : or toutes les querelles entre les écoles
et les sectes ne feront pas que les ouvriers, du fait même qu'ils
sont tous pareillement assujettis à la loi du salariat, n'aient
des intérêts identiques. Et voilà le secret de l'entente
qui s'est établie entre eux, qui fait la force du syndicalisme
et qui lui a permis, l'année dernière, au Congrès
d'Amiens, d'affirmer fièrement qu'il se suffisait à lui-même.
Je serais gravement incomplet si je ne vous montrais les moyens sur lesquels
le syndicalisme révolutionnaire compte pour arriver à l'émancipation
de la classe ouvrière.
Ces moyens se résument en deux mots : action directe.
Qu'est-ce que l'action directe ? Longtemps, sous l'influence des écoles
socialistes et principalement de l'école guesdiste, les ouvriers
s'en remirent à l'État du soin de faire aboutir leurs revendications.
Qu'on se rappelle ces cortèges de travailleurs, en tête desquels
marchaient des députés socialistes, allant porter aux pouvoirs
publics les cahiers du quatrième État !
Cette manière d'agir ayant entraîné de lourdes déceptions,
on en est venu peu à peu à penser que les ouvriers n'obtiendraient
jamais que les réformes qu'ils seraient capables d'imposer par
eux-mêmes; autrement dit, que la maxime de l'Internationale que
je citais tout à l'heure, devait être entendue et appliquée
de la manière la plus stricte.
Agir par soi-même, ne compter que sur soi-même, voilà
ce que c'est que l'action directe.
Celle-ci, cela va sans dire, revêt les formes les plus diverses.
Sa forme principale, ou mieux sa forme la plus éclatante, c'est
la grève. Arme à double tranchant, disait-on d'elle naguère
: arme solide et bien trempée, disons-nous, et qui, maniée
avec habileté par le travailleur, peut atteindre au cur le
patronat. C'est par la grève que la masse ouvrière entre
dans la lutte de classe et se familiarise avec les notions qui d'en dégagent;
c'est par la grève qu'elle fait son éducation révolutionnaire,
qu'elle mesure sa force propre et celle de son ennemi, le capitalisme,
qu'elle prend confiance en son pouvoir, qu'elle apprend l'audace.
Le sabotage n'a pas une valeur beaucoup moindre. On le formule ainsi :
A mauvaise paye, mauvais travail. Comme la grève, il a été
employé de tout temps, mais c'est seulement depuis quelques années
qu'il a acquis une signification vraiment révolutionnaire. Les
résultats produits par le sabotage sont déjà considérables.
Là où la grève s'était montrée impuissante,
il a réussi à briser la résistance patronale. Un
exemple récent est celui qui a été donné à
la suite de la grève et de la défaite des maçons
parisiens en 1906 : les maçons rentrèrent aux chantiers
avec la résolution de faire au patronat une paix plus terrible
pour lui que la guerre : et, d'un accord unanime et tacite, on commença
par ralentir la production quotidienne; comme par hasard, des sacs de
plâtre ou de ciment se trouvaient gâchés, etc., etc.
Cette guerre se continue encore à l'heure actuelle et, je le répète,
les résultats ont été excellents. Non seulement le
patronat a très souvent cédé, mais de cette campagne
de plusieurs mois, l'ouvrier maçon est sorti plus conscient plus
indépendant, plus révolté.
Mais si je considère le syndicalisme dans son ensemble, sans m'arrêter
davantage à ses manifestations particulières, quelle apologie
n'en devrai-je pas faire ! - L'esprit révolutionnaire en France
se mourait, s'alanguissait tout au moins, d'année en année.
Le révolutionnarisme de Guesde, par exemple, n'était plus
que verbal ou, pis encore, électoral et parlementaire; le révolutionnarisme
de Jaurès allait, lui, beaucoup plus loin : il était tout
simplement, et d'ailleurs très franchement, ministériel
et gouvernemental. Quant aux anarchistes, leur révolutionnarisme
s'était réfugié superbement dans la tour d'ivoire
de la spéculation philosophique. Parmi tant de défaillances,
par l'effet même de ces défaillances, le syndicalisme est
né; l'esprit révolutionnaire s'est ranimé, s'est
renouvelé à son contact, et la bourgeoisie, pour la première
fois depuis que la dynamite anarchiste avait tu sa voix grandiose, la
bourgeoisie a tremblé !
Eh bien, il importe que l'expérience syndicaliste du prolétariat
français profite aux prolétaires de tous les pays. Et c'est
la tâche des anarchistes de faire que cette expérience se
recommence partout où il y a une classe ouvrière un travail
d'émancipation. A ce syndicalisme d'opinion qui a produit, en Russie
par exemple, des syndicats anarchistes, en Belgique et en Allemagne, des
syndicats chrétiens et des syndicats social-démocratiques,
il appartient aux anarchistes d'opposer un syndicalisme à la manière
française, un syndicalisme neutre ou, plus exactement, indépendant.
De même qu'il n'y a qu'une classe ouvrière, il faut qu'il
n'y ait plus, dans chaque métier et dans chaque ville, qu'une organisation
ouvrière, qu'un unique syndicat. A cette condition seule, la lutte
de classe cessant d'être entravé à tout instant par
les chamailleries des écoles ou des sectes rivales - pourra se
développer dans toute son ampleur et donner son maximum d'effet.
Le syndicalisme, a proclamé le Congrès d'Amiens en 1906,
se suffit à lui-même. Cette parole, je le sais, n'a pas toujours
été très bien comprise, même des anarchistes.
Que signifie-t-elle cependant, sinon que la classe ouvrière, devenue
majeure, entend enfin se suffire à elle-même et ne plus se
reposer sur personne du soin de sa propre émancipation. Quel anarchiste
pourrait trouver à redire à une volonté d'action
si hautement affirmée ?
Le syndicalisme ne s'attarde pas à promettre aux travailleurs le
paradis terrestre. Il leur demande de la conquérir, en les assurant
que leur action jamais ne demeurera tout à fait vaine. Il est une
école de volonté, d'énergie, de pensée féconde.
Il ouvre à l'anarchisme, trop longtemps replié sur lui-même,
des perspectives et des espérances nouvelles. Que tous les anarchistes
viennent donc au syndicalisme; leur uvre en sera plus féconde,
leurs coups contre le régime social plus décisifs.
Comme toute uvre humaine, le mouvement syndical n'est pas dénué
d'imperfections et loin de les cacher, je crois qu'il est utile de les
avoir toujours présentes à l'esprit afin de réagir
contre elles.
La plus importante c'est la tendance des individus à s'en remettre
du soin de lutter à leur syndicat, à leur Fédération,
à la Confédération, à faire appel à
la force collective alors que leur énergie individuelle aurait
suffi. Nous pouvons, nous anarchistes, en faisant constamment appel à
la volonté de l'individu, à son initiative et à son
audace réagir vigoureusement contre cette néfaste tendance
au recours continuel, pour les petites comme pour les grandes choses,
aux forces collectives.
Le fonctionnarisme syndical, aussi, soulève de vives critiques,
qui, d'ailleurs, sont souvent justifiées. Le fait peut se produire,
et se produit, que des militants n'occupent plus leurs fonctions pour
batailler au nom de leurs idées, mais parce qu'il y a là
un gagne-pain assuré. Il ne faut pourtant pas en déduire
que les organisations syndicales doivent se passer de tous permanents.
Nombre d'organisations ne peuvent s'en passer. Il y a là une nécessité
dont les défauts peuvent se corriger par un esprit de critique
toujours en éveil.
Pierre
Monatte
séance du 28 août 1907 (au soir).
Autres
articles :
Le
congrès anarchiste international d'Amsterdam (1907), motions sur
le syndicalisme ; interventions
de :
Errico
Malatesta ; Christian
Cornélissen ;
1906, le congrès CGT de la Charte d'Amiens ;
Histoire
des bourses du travail ; le
syndicalisme révolutionnaire face à l'Etat (1895-1914) ;
Fernand Pelloutier
: lettre ouverte aux anarchistes ;
Propos sur le sabotage
(E. Pouget) ;
Errico Malatesta (Biographie)
; Benoit Broutchoux
;
A
lire :
Histoire
des bourses du travail ;
Anarchisme et syndicalisme, le congrès d'Amsterdam 1907 (Editions
du Monde libertaire)
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