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La plupart des dictionnaires
définissent la pornographie comme la représentation complaisante
de faits obscènes -qui choquent la pudeur- concept subjectif et
variable selon les époques, les pays et les cultures. Ce qui était
qualifié de pornographique au XVIII e siècle nous paraît
aujourd'hui bien désuet : la vue d'un sein dénudé,
d'une cheville...
La pornographie comporte à la fois une dimension provocante et
mercantile. Il convient cependant de la distinguer de l'érotisme,
lequel peut être également provoquant et poursuivre un objectif
commercial mais il dépeint des expériences affectives et
sexuelles entre partenaires s'y prêtant de leur plein gré
et avec réciprocité dans le but recherché de décupler
le plaisir sexuel par des jeux érotiques pour parvenir à
la jouissance.
La pornographie n'exprime aucun affect. Les partenaires sexuels se scindent
en deux catégories : les dominants -hommes- et les dominées
-femmes ou enfants- utilisés comme des objets. La sexualité
sert alors d'alibi pour créer ou renforcer une inégalité.
Les femmes (ou les enfants dans le cas de pédopornographie) sont
alors représentées dans des situations dégradantes,
avilissantes, montrant qu'elles ne peuvent trouver du plaisir que dans
la soumission et l'humiliation. La pornographie fait l'apologie de la
violence envers les femmes, voire les enfants, où l'homme domine
par son sexe triomphant.
Indépendamment de l'aspect commercial, la pornographie se différencie
de l'érotisme en cela qu'elle n'a aucune recherche esthétique,
ne faisant appel qu'à une réalité crue, scatologique,
limitée aux organes génitaux, au contraire de l'érotisme
qui suggère souvent plus qu'il n'explique une situation intime.
La pornographie ne met en scène que l'aspect physique du corps,
l'érotisme joue avec la personnalité entière de l'individu.
Le cyberporno
Si la pornographie a évolué au cours des siècles,
peintures découvertes sur les murs des maisons closes de l'Antiquité,
écrits et chansons servant parfois d'exutoire aux écrivains
officiels, elle s'est développée en trente ans de façon
exponentielle et son contenu est devenu extrêmement violent. Internet
a fait exploser la pornographie en permettant l'ouverture de nouveaux
marchés. En 1996, on comptait 30 millions d'internautes, en 2001,
on arrivait à 500 millions ! Le commerce pornographique se fait
principalement entre pays à économie développée
mais tend actuellement à s'étendre aux pays en voie d'expansion
économique.
Les sites pornographiques sont évalués à environ
450000 sur l'ensemble du réseau. Ils proposent des vidéos,
des photos, des catalogues de personnes prostituées, des sex-shops,
des magasins de lingerie provocante dans le but d'exciter le ou les partenaires
masculins. Avec les web-cams, certains sites offrent des relations en
direct avec de très jeunes filles ou des enfants. La communication
est devenue internationale, et, en apportant de nouveaux marchés
liés à l'industrie du sexe, 2,5 % du trafic total d'Internet
véhiculeraient des images pornographiques, laissent aux utilisateurs
tout loisir de visiter de tels sites sans craindre d'être repérés
grâce à la complexité et à la technique du
réseau Internet. La clientèle de ce marché est composée,
d'après tous les sondages, d'hommes à 95%. On peut y voir
des scènes de torture, de viol et même des crimes dont le
visionnage ne sera pas sanctionné.
Certains sites ont été démantelés par la police
parce qu'ils concernaient des personnes mineures. Cependant, les propositions
de réglementation sont dénoncées au nom du droit
à la liberté d'expression et au respect de la vie privée.
Internet est à ce jour le seul espace de communication qui dispose
d'un vide juridique pratiquement total.
Le contenu de la pornographie est devenu violent depuis plusieurs décennies.
Déjà en 1976, aux États-Unis, le film Snuff avait
provoqué des manifestations importantes, notamment de féministes,
car il montrait en réel la torture, le meurtre puis le démembrement
post mortem d'une femme. Cette escalade de la violence est expliquée
comme une riposte au mouvement d'émancipation des femmes né
dans les années 70 et qui mettrait en danger la suprématie
masculine !
Vers 1976, le cinéma porno-graphique réalisait en France
près de onze millions d'entrées dans les salles et tombait
à deux millions en 1985 car dans cette période ont fleuri
les sex-shops, les peep-shows, les mirodromes, le minitel rose ainsi que
l'explosion de la vente de cassettes vidéo. La production des films
pornographiques est le fait de grands groupes. En 2001, Vivendi Universal
Canal + avait le monopole du marché de la pornographie au plan
mondial.
Le
contenu
La pornographie est avant tout une industrie du sexe qui utilise tous
les ressorts commerciaux nécessaires à son expansion. Elle
induit une vision misogyne des relations sexuelles entre les femmes et
les hommes dans un rapport inégalitaire de domination et de violence
de la part des hommes sur les femmes, reflet de la société
patriarcale.
Á l'inverse de la littérature érotico-pornographique
comme l'Amant de lady Chatterley, Histoire d'O, Lolita, Emmanuelle, qui
laisse au lecteur, à la lectrice, toute latitude pour transposer
les faits dans son propre imaginaire, les films ne permettent pas à
l'inconscient de se réapproprier les fantasmes qui sont projetés,
car l'image est plus primitive et brutale et trop rapide.
La lectrice, ou le lecteur a une attitude active devant l'écrit
et interprète les mots, les situations en les adaptant en fonction
de sa personnalité et de son vécu et paradoxalement réinvente
l'histoire.
Les images projetées sur l'écran ne permettent pas cette
distanciation, cette réappropriation. Elles arrivent trop vite
et ne permettent pas le recul nécessaire ou l'ajustement de l'inconscient
et sont reçues de façon passive.
Le contenu des films porno-graphiques a évolué en quelques
années vers plus de violence, de brutalité envers les femmes
(mais aussi les enfants). En cela, elle est le fidèle reflet de
la société capitaliste qui renforce les inégalités
de classes et les inégalités entre les femmes et les hommes.
Les corps de femmes sont montrés comme des objets sexuels, morceaux
de viande, des marchandises, avec abus de gros plans pour montrer les
pénétrations de tous les orifices et la jouissance finale
attribuée à l'émission de la " semence "
du mâle. Le pénis n'est filmé qu'en érection,
symbole patriarcal de la puissance masculine, jamais avant ou après.
L'émission du sperme étant dramatisé comme l'apothéose
attendue de l'érection salvatrice qui inonde le corps abandonné
de la femme. Les scénarios sont généralement absents
car ces films ne cherchent qu'à satisfaire les besoins de domination
des hommes sur les femmes, et même en créant des besoins
(comme dans la publicité). Ces films ne montrent pas la sexualité
entre hommes et femmes, laquelle ne se borne pas à la pénétration
et fait intervenir la personne tout entière.
La limiter aux organes génitaux lui ôte une part importante
liée à la jouissance : l'imaginaire.
La jouissance physique est une composante de la sexualité entre
partenaires volontaires qui ne se limite pas à la longueur d'un
sexe, ou à des pénétrations multiples tenant plus
de records à battre que d'une recherche commune du plaisir. Le
plaisir sexuel est subjectif et relatif selon les individus ; bander ne
suffit pas pour parvenir à la réalisation complète
de son être.
Une
évolution sociale ?
La banalisation de la pornographie, loin de libérer ou d'émanciper
les individus en détruisant les tabous de nos sociétés
judéo-chrétiennes, ne fait que renforcer les fondements
de la société capitaliste et patriarcale.
L'argent est le moteur et le but de la réussite (réussite
sociale face au groupe et non réussite personnelle de l'individu)
; celle-ci ne peut éclore que dans un contexte social inégalitaire,
où la force domine, où la liberté est réprimée,
où les rapports entre les sexes sont des rapports de forces, lesquels
se dégradent, où la domination des hommes sur les femmes
se fait plus prégnante - recul des droits acquis, retour à
l'ordre moral, renforcement du pouvoir des religions (diktats des intégristes
et des fondamentalistes).
L'accès à plus de pornographie donne l'illusion d'une société
libérée. Des femmes artistes revendiquent le droit à
disposer de leur corps quand, en fait, elles investissent le champ accaparé
par les hommes pour disposer, en fait, du corps des autres (tel le film
Baise-moi) comme dans la guerre.
Les changements de comportements sexuels restent liés à
la société libérale qui s'est dotée d'une
nouvelle composante aliénante avec l'envahissement de la pornographie,
qui perpétue la domination d'une minorité possédante
sur l'ensemble des individus, l'exploitation étant la nature même
du capitalisme.
Pendant que certains se nourrissent de situations perverses extrêmes
-violences, tortures, viols, meurtres- ils ne participent pas à
l'émancipation des individus et du groupe social.
Malgré l'évolution de la pornographie qui pourrait être
perçue comme un exutoire aux pulsions agressives principalement
masculines, conséquences de la société patriarcale,
les crimes sexuels ont augmenté ainsi que les violences domestiques,
les viols n'ont pas diminué, l'exploitation sexuelle des femmes,
des enfants et des hommes, dans le système prostitutionnel, est
grandissante.
Il n'y a pas de réelle libération sexuelle car les esprits
n'ont pas suivi les corps, et cette dichotomie aboutit à un mal-être.
Il ne suffit pas de multiplier les rapports sexuels pour être émancipé.
La sexualité est un moyen pour parvenir à un mieux-être.
La pornographie, loin d'avoir libéré les individus, les
tient en dépendance, et les bénéfices qu'elle génère,
renforce la société capitaliste aux dépens d'une
société libertaire composée d'individus adultes et
épanouis.
Allons-nous laisser faire?
Jocelyne
militante du groupe Louise-Michel de la Fédération
anarchiste.
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