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Les dix principes
:
- Nous
ne voulons pas la guerre, nous ne faisons que nous défendre
- Le camp adverse est le seul responsable de la guerre
- Le chef du camp adverse a le visage du diable (l'affreux ou le bouc
émissaire de service)
- C'est une cause noble que nous défendons et non des intérêts
particuliers
- L'ennemi provoque sciemment des atrocités, et si nous commettons
des bavures c'est involontairement
- L'ennemi utilise des armes non autorisées
- Nous subissons très peu de pertes, les pertes de l'ennemi sont
énormes
- Les artistes et intellectuels soutiennent notre cause
- Notre cause a un caractère sacré
- Ceux (et celles) qui mettent en doute notre propagande sont des traîtres.
Anne
Morelli est enseignante en histoire à l'université libre
de Bruxelles (1).
En 2001, -avant le 11 septembre- elle a rédigé un livre
:
Principes élémentaires de la propagande de guerre, utilisables
en période de guerre chaude, tiède ou froide (édition
Labor) .
Cet opuscule est inspiré par les travaux de Pon Sombi sur la "Grande
guerre" (écrit en 1928).
Au-delà de son actualité, ce livre permet à tous
et toutes de décrypter les discours et actes de propagandes appliqués
à toutes les guerres, mais aussi aux "conflits" sociaux
et sécuritaires
Anne Morelli a été reçue par l'émission "Pas
de quartier" (Radio Libertaire).
Radio libertaire : Pourquoi
dix ?
Anne Morelli : Je pense que les dix "commandements"
que je propose, suffisent à ma démonstration sur la propagande
militariste. Au-delà de la guerre, ce que je propose est une grille
d'analyse "critique" des discours politiques portés par
les médias. Mon but est purement pédagogique, obliger les
individus à utiliser le doute vis à vis de la propagande.
Je dois dire que depuis quelques temps, j'ai la satisfaction de rencontrer
beaucoup de mes élèves qui se disent étonnés
de voir combien ces préceptes sont malheureusement d'actualité.
Radio libertaire : Justement
comment se fait-il que la propagande guerrière utilise encore aujourd'hui
les "combines" les plus éculées ?
A. M. : Prenez James Shea -responsable de la propagande de l'OTAN-
lors de la guerre contre la Yougoslavie (l'affaire du Kosovo), c'est un
historien. Il a pris comme sujet de thèse : la propagande pendant
la première guerre, il connaît parfaitement les travaux de
Pon Sombi à partir desquels je suis partie.
Depuis l'invasion de la Gaule par Jules César jusqu'à la
deuxième guerre -annoncée- contre l'Irak, invariablement
les gouvernements décidés à faire la guerre, ont
utilisé les mêmes leviers de propagande. Depuis longtemps,
les peuples savent que la guerre est meurtrière. Pour les gouvernements,
il faut créer une émotion courte mais importante qui permette
de faire adhérer l'opinion publique aux objectifs et de faire passer
la mort au second plan.
R.L. : Prenons un de
tes préceptes, le premier,
A. M. : Il est essentiel de faire croire qu'un Etat est en "état"
de légitime défense. Ce sont les autres qui nous agressent,
"NOUS" sommes obligés de nous défendre. C'est
pourquoi GW Bush affirme avoir des preuves des liens entre l'Irak et Ben
Laden. L'invasion de la Pologne par les nazis est issue d'une provocation.
Nous savons que des soldats allemands déguisés en Polonais
ont "agressé" leurs compatriotes, ce qui a permis à
Hitler d'affirmer qu'il ne faisait que se défendre. Dans les cours
d'écoles, nous avons tous connus une bagarre dans laquelle un des
protagonistes disait : ce n'est pas moi qui ai commencé, c'est
lui !
Un dictateur, pour mobiliser ses futurs soldats, est obligé d'user
de la propagande. Hitler, encore lui, a envahi la Tchécoslovaquie
pour sauver le peuple sudète. Personne n'a jamais dit : "nous
allons faire la guerre pour nous emparer de la sidérurgie ou des
champs de pétrole". Les peuples ne marcheraient pas. Autre
exemple, les guerres coloniales, quand la Belgique s'empare du Congo (Zaïre),
c'est pour "sauver" les populations locales des esclavagistes
arabes. A aucun moment, les gouvernements ne font la guerre pour instaurer
l'économie de marché. Il y a une cause humanitaire : libérer
la femme afghane des affreux Barbus. A ce propos, plus personne ne parle
du sort des femmes afghanes aujourd'hui.
R.L. : Il faut aussi
un monstre en face.
A. M. : Etre le salaud de service est très souvent un statut
intérimaire. Regarder Saddam, il a été l'enfant chéri
de l'occident pendant sa guerre contre le diable de l'époque :
l'Iran des mollahs. Milosevic était reçu en grande pompe
dans toute l'Europe, avant d'être diabolisé et accusé
de posséder la troisième armée de monde. Sadam ou
Milosevic sont des "salauds", mais tant qu'ils servaient les
intérêts du capitalisme, ils n'avaient rien à craindre.
Le Kaiser, avant la guerre de 14, était respecté. La situation
peut aussi s'inverser : d'anciens dictateurs deviennent des partenaires
(économiques). Tout est propagande (comme dans 1984 de G. Orwell),
aucun pays n'a de ministère de "l'attaque", mais un ministère
de la "défense".
R. L : Comment les services
de propagande utilisent les atrocités de la guerre pour conforter
le militarisme ?
A. M. : Les atrocités ne sont que du fait de l'ennemi. En
Belgique, pendant la guerre de 14-18, un bobard énorme a circulé
: les soldats allemands coupaient les mains des petits enfants. Il a tellement
bien marché qu'un milliardaire américain a donné
des sommes fabuleuses pour construire des hôpitaux spéciaux
pour abriter ces enfants. C'est un bobard qui a servi à la propagande
anti-allemande aux Etats-Unis : Comment vous, le peuple américain,
pouvez-vous rester indifférents au sort de ces enfants mutilés
! L'objectif était que le gouvernement américain participe
à la guerre aux côtés des britanniques et des français.
En 1990, il y a eu cette pseudo infirmière qui à la télévision
américaine, décrivait comment les soldats irakiens sont
entrés dans une maternité au Koweït, assassinaient
les nouveaux nés et sortaient les prématurés des
couveuses. Horreur ! Nous avons appris que l'infirmière était
la fille de l'ambassadeur du Koweït à Washington et que cette
opération a été montée par une agence de publicité.
L'essentiel est de créer une émotion, un sentiment de révulsion
qui justifie la guerre. La guerre n'a malheureusement pas besoin de ces
manipulations pour être scandaleuse.
R. L. : NOS soldats
n'ont jamais commis d'atrocité !
A. M. : C'est que j'appelle, le soldat baby-sitter !
J'ai vu dernièrement à Bruxelles une campagne de propagande
en faveur de l'armée (2). Que nous dit-elle ? Que nous montre-t-elle
? Des soldats -belges- qui ont des enfants dans les bras, ils leur servent
des tartines ou ils donnent des biberons. Pour un peu, on pourrait distinguer
des couches dans leur paquetage. Pas une arme n'apparaît. Cette
affiche je l'ai retrouvée pendant la seconde guerre mondiale (c'était
un waffen SS), la première guerre mondiale et un peu partout sur
la terre. James Shea n'a-t-il pas utilisé la notion de dégâts
co-latéraux pour décrire le bombardement d'un hôpital
à Belgrade ?
Quand un jeune meure dans une cité, c'est au pire une bavure!
R. L. : Tout ce que
tu nous décris pose le problème de la presse et des journalistes.
A. M. : Bien évidemment, nous pouvons dénoncer les
liens entre les journalistes et les pouvoirs économiques, politiques
Mais au-delà d'un conformisme intellectuel ou comme vous
le dite d'une certaine servilité, je crois que les conditions dans
lesquelles ils travaillent, les mettent dans l'impossibilité de
recouper l'information ou de faire de l'investigation. La pression du
temps, du scoop, les obligent à prendre une info sans avoir le
temps de la recouper. Concentration de la presse dans quelques grands
groupes. Réduction des effectifs, évidemment, les gouvernements,
les militaires, les patrons le savent. Ils leurs livrent des informations
toute prêtes à être consommées qui arrivent
par fax ou dans des dossiers de presse.
Il y a aussi l'argent. Le gouvernement Bush a ouvert d'énormes
crédits afin de lancer une campagne vers les médias. Objectif
: Donner une meilleure image de la politique des Etats-Unis vers l'opinion
européenne.
Des journalistes ont été payés pour faire cette propagande.
émission réalisation
par :
Jocelyne, François, Wally (Gr. Louise Michel) - Karim (Gr Idées
noires)
1- université
qui a accueilli Elisée Reclus
2- une campagne similaire était dernièrement sur les murs
de nos villes.
Les sujets de guerres
deviennent difficiles à inventer.
Après de longues réflexions, il m'en est venu une inspiration
subite. Nous nous battrons toujours pour les autres, jamais pour nous.
Remarquez quel honneur nous tirerons de pareilles expéditions.
Nous prendrons le titre de bienfaiteur des peuples, Nous crierons bien
haut notre désintéressement, nous nous poserons modestement
en soutien des bonnes causes, en dévoué serviteur des grandes
idées. Notre rage de prêter nos armées à qui
les demande est un généreux désir de pacifier le
monde,
à coups de piques. Nos soldats se promèneront
en civilisateurs, coupant le cou à ceux qui ne se civilisent pas
assez.
Emile Zola
affiches anti-militaristes.
Autres
articles :
Appel
pour pour le soutien aux déserteurs, aux insoumis, aux objecteurs,
en Ex-yougoslavie ;
Une autre Europe pour un monde libertaire (Bruxelles 2001)
;
Une
approche libertaire des luttes anti-mondialisation ; L'Irak
n'est qu'un début. Interview de Noam Chomsky ;
A
lire :
Principes
élémentaires de la propagande de guerre, (édition
Labor) ; Le nouvel humanisme militaire (leçon
du Kosovo) ; les médias et l'illusion nécessaire (N.
Chomsky) ; Propagande médias et démocratie (N. Chomsky)
;
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