autres articles
& bibliographie
sur le sujet

Histoire de Radio Libertaire 1981 - 1987

Ce qu'il y a de chiant dans la radio libre... c'est la radio. (Font et Val)

 

 

 

 

 

 

 

Une émission comme si vous y étiez (en 1983)

C'est cyclique. La radio libre est condamnée à reparaître sous les feux de l'actualité tous les trois ans. Les périodes légales de dérogation rythment la vie du petit monde de la F.M., dont l'instabilité est un des principaux traits de caractère.
La surveillance sous laquelle est toujours placée ce secteur de la commu-nication, liée aux aléas de la politique, oblige à une redistribution chronique des rapports de forces, et ce, pas toujours au profit de la droite revenue aux affaires il y a un peu plus d'un an se trouve dans l'obligation de gérer une situation née sous d'autres auspices. On verra que cela est bien moins difficile qu'il pourrait y paraître... Nos ancêtres les pirates

Dire que la radio libre constitue un phénomène "de gauche" serait faux. La grande vague de 1981 s'est formée en dehors de toute légalité, s'est imposée contre le gouvernement de gauche qui tenait alors à préserver son "état de grâce" qu'une répression déclenchée durant l'immédiat après 10 mai aurait entamée. Pourtant ceux qui prenaient la parole parachevaient le combat engagé quelque temps plus tôt, sous Giscard, contre la D.S.T., les brouillages et les voitures-gonio de la gendarmerie.
S'il n'était pas fondamentalement "de gauche" (au sens institutionnel du terme), le mouvement initial des radios libres était néanmoins largement contestataire. L'euphorie des deux premières années de grâce, 1981 et 1982, reflète bien le climat de subversion douce qui régnait alors. Comme si quelques Mégahertz échappés d'un grenier, d'une péniche ou d'une cave pouvaient changer le monde.

Force est de constater simplement qu'à l'époque, préhistoire de la radio libre, la majorité des projets prônait l'expression d'une convivialité et d'un langage nouveau, expérimental; le retour à une expression jusque-là occultée, bafouée, censurée. Le monde social, culturel, associatif prenait la parole... avec les moyens du social, du cul-turel et de l'associatif.
Les grandes compagnies pourtant, très rapidement les spéculateurs ont compris l'enjeu que constituait ce nouvel espace d'expression et le profit certain qu'ils pouvaient en tirer. Le monopole ayant été malmené par les pirates de la première heure, restait donc à s'installer dans une place déjà chauffée... Par ailleurs, les tenants du système médiatique officiel, voyant leur clientèle s'échapper tentaient eux aussi de le récupérer en s'adaptant â ses exigences nouvelles et en investissant " clandestinement " les espaces illégaux. Une expression dominante, conformiste, standardisante apparaissait sur la bande F.M.
Le monde du commerce, du pouvoir, de la combine reprenait la parole... avec les moyens du commerce, du pouvoir et de la combine !

Dépassé au début par les événements, le gouvernement de gauche entreprenait d'organiser à sa manière ce qu'il considérait comme une dangereuse cacophonie. Les moyens qu'il employa relevant plus du vaudeville et du complot d'arrière-cour que de l'administration des choses ".
Chassez le naturel, il revient au galop. Après avoir proclamé haut et fort que la radio libre resterait le lieu privilégié de l'expression sans but lucratif, le gouvernement socialiste autorisait l'usage de la publicité quelques mois plus tard. Et comme une maladresse survient rarement seule, il cru tout aussi habile d'envoyer par le fond, à grand renfort de C.R.S., une bonne moitié de la bande F.M., celle qui le dérangeait. Radio Libertaire, saisie le 28 août 1983, allait être la seule à réémettre dans le délai ultra-rapide d'une semaine, non sans avoir réuni le même jour plus de cinq mille personnes dans les rues de Paris. En haut lieu, la confusion était à son comble.
La raison pourtant allait l'emporter.

Radio Libertaire était enfin reconnue et autorisée. Merci à tous.
Seigneurs et féodaux Aujourd'hui, la droite a repris les commandes. Au comptoir de la culture et de la communication s'est accoudé ce que la droite connaît de plus... millénariste, vendéen et vichyssois.
Est-ce clair ?
L'objectif culturel de ces vieillards, jeunes loups éternels, est de "restaurer", dans ses droits une culture de souche, capétienne, populaire sans être prolétaire. A l'occasion, Saint Louis et Bernard Tapie peuvent faire bon ménage et le contrôle idéologique à rebondissement, auxquelles nous avons eu droit il y a peu, en témoignent.

Septembre 1983

Revenons à la radio. Un dossier dont le gouvernement actuel s'est saisi avec fermeté et, il faut bien le dire, moins de confusion que le précédent est celui des radios libres. Heureusement pour lui, la bande F.M., comme nous l'avons vu, n'est plus celle des débuts. Les rapports de forces ont bien changé. Aujourd'hui, priorité est donnée à "l'économiquement viable", donc aux stations commerciales (c'est-à-dire aux "copains")...
Des os à ronger sont attribués en passant à la gauche institutionnelle, et le tour est joué. Les plans de fréquences établis pour la région parisienne l'ont été avec intelligence, c'est sûr. Ils prévoient une pluralité d'expression... mais qui passe par une hiérarchisation des puissances d'émission. La puissance à accorder étant relative au nombre potentiel de clients (ou d'électeurs) de chaque station, comment imaginer que les rois du "fast-food" radiophonique soient les plus mal servis ?
L'arrét du versement des subventions (1), attribuées jusqu'ici aux radios sans publicité, devrait par ailleurs contribuer... à éclaircir le Paysage audiovisuel français, en le débarrassant notamment des canards boiteux du secteur associatif. Finement joué... la façade est respectée.

Les anarchistes sont à leur manière des oiseaux de mauvaise augure. En 1981, ils annonçaient que le monopole allait céder; en 1982 que le pouvoir (fut-il de gauche) allait frapper; en 1983 que l'officialisation de la publicité amorcerait le déclin de la bande F.M., qui deviendrait un rayon supplémentaire de la culture de grande surface...
Quel plaisir, dans ces conditions, à avoir toujours raison ?
Nous avons préconisé la solidarité entre radios et il a fallu nous battre seul, ou presque. Nous avons prévenu des dangers étatiques et "privés", et nous sommes les seuls, ou presque, à surnager dans l'univers impitoyable de la F.M.

Alors quel plaisir ?
Les combats à venir ne seront pas plus faciles à mener. Les manières de nous faire taire sont multiples.
De l'interdiction pure et simple, suivie de saisie, à l'autorisation de 8e catégorie entre deux mastodontes de la radio-hamburger. Seulement voilà, le problème pour les pouvoirs est que nous sommes imprévisibles. Imprévisibles, parce que conduits par des principes qui leur sont étrangers... ou étranges.
La radio libre, pour nous, n'est pas une mode, un petit jeu lucratif destiné à assurer nos retraites. Elle est un moyen d'expression et a, d'ores et déjà, pris une place importante, impossible à céder. Nous avons émis sous Giscard, sous la gauche ensuite, nous continuerons sous la droite, quoi qu'il arrive. La D.S.T., les brouillages, les procès. les C.R.S., une dizaine de radios-frics ne sont pas venus à bout de la " voix sans maître ".
Comment de Broglie et Pasqua y parviendraient-ils ? Auraient-ils plus de qualités que leurs prédécesseurs ?

Cet été 1987 sera tout aussi décisif, pour les radios, que l'a été celui de 1983.
Tout peut se passer tranquillement, bien sur.
Rien que du soleil et du calme...
S'il en était autrement, il faudrait prendre en compte une donnée essentielle, liée à la personnalité des acteurs en présence. Le gouvernement de M. Chirac a tout juste une année.
Nous, anarchistes, existons depuis plus d'un siècle : depuis Le Temps des Cerises.
A bien y regarder, nous sommes tout à fait " prévisibles ".

Yves Peyraut Secrétariat de Radio Libertaire

(1) Provenant d'un fonds alimenté par les radios

Les affiches de Radio Libertaire


Autres Articles :
Radio Trottoir Toulon 1978 ; Radio libertaire une expérience sociale et libertaire ;
Pierre Bourdieu sur Radio Libertaire ;
Léo Ferré : interview et témoignage ;

A lire :
Radio Libertaire la voix sans maître (Editions du Monde libertaire) ;
La plus rebelle des radios, c'est Radio libertaire
(Editions du Monde libertaire) ;

Haut de page