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Une émission
comme si vous y étiez (en 1983) 
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C'est cyclique. La radio
libre est condamnée à reparaître sous les feux de l'actualité tous les
trois ans. Les périodes légales de dérogation rythment la vie du petit
monde de la F.M., dont l'instabilité est un des principaux traits de caractère.
La surveillance sous laquelle est toujours placée ce secteur de la commu-nication,
liée aux aléas de la politique, oblige à une redistribution chronique
des rapports de forces, et ce, pas toujours au profit de la droite revenue
aux affaires il y a un peu plus d'un an se trouve dans l'obligation de
gérer une situation née sous d'autres auspices. On verra que cela est
bien moins difficile qu'il pourrait y paraître... Nos ancêtres les pirates
Dire que la radio libre constitue
un phénomène "de gauche" serait faux. La grande vague de 1981 s'est formée
en dehors de toute légalité, s'est imposée contre le gouvernement de gauche
qui tenait alors à préserver son "état de grâce" qu'une répression déclenchée
durant l'immédiat après 10 mai aurait entamée. Pourtant ceux qui prenaient
la parole parachevaient le combat engagé quelque temps plus tôt, sous
Giscard, contre la D.S.T., les brouillages et les voitures-gonio de la
gendarmerie.
S'il n'était pas fondamentalement "de gauche" (au sens institutionnel
du terme), le mouvement initial des radios libres était néanmoins largement
contestataire. L'euphorie des deux premières années de grâce, 1981 et
1982, reflète bien le climat de subversion douce qui régnait alors. Comme
si quelques Mégahertz échappés d'un grenier, d'une péniche ou d'une cave
pouvaient changer le monde.
Force est de constater simplement
qu'à l'époque, préhistoire de la radio libre, la majorité des projets
prônait l'expression d'une convivialité et d'un langage nouveau, expérimental;
le retour à une expression jusque-là occultée, bafouée, censurée. Le monde
social, culturel, associatif prenait la parole... avec les moyens du social,
du cul-turel et de l'associatif.
Les grandes compagnies pourtant, très rapidement les spéculateurs ont
compris l'enjeu que constituait ce nouvel espace d'expression et le profit
certain qu'ils pouvaient en tirer. Le monopole ayant été malmené par les
pirates de la première heure, restait donc à s'installer dans une place
déjà chauffée... Par ailleurs, les tenants du système médiatique officiel,
voyant leur clientèle s'échapper tentaient eux aussi de le récupérer en
s'adaptant â ses exigences nouvelles et en investissant " clandestinement
" les espaces illégaux. Une expression dominante, conformiste, standardisante
apparaissait sur la bande F.M.
Le monde du commerce, du pouvoir, de la combine reprenait la parole...
avec les moyens du commerce, du pouvoir et de la combine !
Dépassé au début par les événements,
le gouvernement de gauche entreprenait d'organiser à sa manière ce qu'il
considérait comme une dangereuse cacophonie. Les moyens qu'il employa
relevant plus du vaudeville et du complot d'arrière-cour que de l'administration
des choses ".
Chassez le naturel, il revient au galop. Après avoir proclamé haut et
fort que la radio libre resterait le lieu privilégié de l'expression sans
but lucratif, le gouvernement socialiste autorisait l'usage de la publicité
quelques mois plus tard. Et comme une maladresse survient rarement seule,
il cru tout aussi habile d'envoyer par le fond, à grand renfort de C.R.S.,
une bonne moitié de la bande F.M., celle qui le dérangeait. Radio Libertaire,
saisie le 28 août 1983, allait être la seule à réémettre dans le délai
ultra-rapide d'une semaine, non sans avoir réuni le même jour plus de
cinq mille personnes dans les rues de Paris. En haut lieu, la confusion
était à son comble.
La raison pourtant allait l'emporter.
Radio Libertaire était enfin
reconnue et autorisée. Merci à tous.
Seigneurs et féodaux Aujourd'hui, la droite a repris les commandes. Au
comptoir de la culture et de la communication s'est accoudé ce que la
droite connaît de plus... millénariste, vendéen et vichyssois.
Est-ce clair ?
L'objectif culturel de ces vieillards, jeunes loups éternels, est de "restaurer",
dans ses droits une culture de souche, capétienne, populaire sans être
prolétaire. A l'occasion, Saint Louis et Bernard Tapie peuvent faire bon
ménage et le contrôle idéologique à rebondissement, auxquelles nous avons
eu droit il y a peu, en témoignent.
Septembre
1983
Revenons à la radio. Un dossier
dont le gouvernement actuel s'est saisi avec fermeté et, il faut bien
le dire, moins de confusion que le précédent est celui des radios libres.
Heureusement pour lui, la bande F.M., comme nous l'avons vu, n'est plus
celle des débuts. Les rapports de forces ont bien changé. Aujourd'hui,
priorité est donnée à "l'économiquement viable", donc aux stations commerciales
(c'est-à-dire aux "copains")...
Des os à ronger sont attribués en passant à la gauche institutionnelle,
et le tour est joué. Les plans de fréquences établis pour la région parisienne
l'ont été avec intelligence, c'est sûr. Ils prévoient une pluralité d'expression...
mais qui passe par une hiérarchisation des puissances d'émission. La puissance
à accorder étant relative au nombre potentiel de clients (ou d'électeurs)
de chaque station, comment imaginer que les rois du "fast-food" radiophonique
soient les plus mal servis ?
L'arrét du versement des subventions (1), attribuées jusqu'ici aux radios
sans publicité, devrait par ailleurs contribuer... à éclaircir le Paysage
audiovisuel français, en le débarrassant notamment des canards boiteux
du secteur associatif. Finement joué... la façade est respectée.
Les anarchistes sont à leur
manière des oiseaux de mauvaise augure. En 1981, ils annonçaient que le
monopole allait céder; en 1982 que le pouvoir (fut-il de gauche) allait
frapper; en 1983 que l'officialisation de la publicité amorcerait le déclin
de la bande F.M., qui deviendrait un rayon supplémentaire de la culture
de grande surface...
Quel plaisir, dans ces conditions, à avoir toujours raison ?
Nous avons préconisé la solidarité entre radios et il a fallu nous battre
seul, ou presque. Nous avons prévenu des dangers étatiques et "privés",
et nous sommes les seuls, ou presque, à surnager dans l'univers impitoyable
de la F.M.
Alors quel plaisir ?
Les combats à venir ne seront pas plus faciles à mener. Les manières de
nous faire taire sont multiples.
De l'interdiction pure et simple, suivie de saisie, à l'autorisation de
8e catégorie entre deux mastodontes de la radio-hamburger. Seulement voilà,
le problème pour les pouvoirs est que nous sommes imprévisibles. Imprévisibles,
parce que conduits par des principes qui leur sont étrangers... ou étranges.
La radio libre, pour nous, n'est pas une mode, un petit jeu lucratif destiné
à assurer nos retraites. Elle est un moyen d'expression et a, d'ores et
déjà, pris une place importante, impossible à céder. Nous avons émis sous
Giscard, sous la gauche ensuite, nous continuerons sous la droite, quoi
qu'il arrive. La D.S.T., les brouillages, les procès. les C.R.S., une
dizaine de radios-frics ne sont pas venus à bout de la " voix sans maître
".
Comment de Broglie et Pasqua y parviendraient-ils ? Auraient-ils plus
de qualités que leurs prédécesseurs ?
Cet été 1987 sera tout aussi
décisif, pour les radios, que l'a été celui de 1983.
Tout peut se passer tranquillement, bien sur.
Rien que du soleil et du calme...
S'il en était autrement, il faudrait prendre en compte une donnée essentielle,
liée à la personnalité des acteurs en présence. Le gouvernement de M.
Chirac a tout juste une année.
Nous, anarchistes, existons depuis plus d'un siècle : depuis Le Temps
des Cerises.
A bien y regarder, nous sommes tout à fait " prévisibles ".
Yves
Peyraut Secrétariat de Radio Libertaire
(1) Provenant d'un fonds
alimenté par les radios
Les affiches
de Radio Libertaire
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