|
Au mois de mai 1978, le Groupe anarchiste de la FA a organisé une projection-débat
sur le thème des radios-libres. Participaient à cette rencontre environ
200 personnes. Certaines d'entre elles préconisaient le développement
à Toulon et dans la région, le développement d'une multitude de radios,
et d'autre part les militants du groupe anarchiste et sympathisants proposaient
une seule radio (avec plusieurs émetteurs) étroitement liés avec la population.
L'objectif essentiel des premiers étaient de faire tomber le monopole,
et le notre, plus politique, d'utiliser la radio pour court-circuiter
les médias, pour mettre en communication la population, pour qu'elle prenne
en charge elle-même l'information, sa propre éducation. L'initiative des
premiers put rapidement, se concrétiser car il leur suffisait d'acheter
le matériel et d'émettre sans autres soucis... Cela donna Atol 103 en
juin 78.
Cette radio partit très vite (émission tous les jours) puis s'essouffla
(deux émissions, puis une par semaine) pour s'éteindre en septembre. De
plus Atol 103 ne cachait pas ses sympathies vers le professionnalisme,
la publicité et le parlementarisme en proposant un projet de loi, ce qui
ne leur attira pas les nôtres...
Quant à Radio Trottoir, elle fut un accouchement plus difficile, il
faut dire aussi que le projet était plus ambitieux : elle naquit donc
au sein du groupe anarchiste qui pensait qu'elle ne devait pas être sa
propriété mais qu'elle devait se développer à l'extérieur avec une dynamique
libertaire, c'est à dire que nous devions concrétiser la pensée anarchiste.
Donc, tout doucement le collectif s'étendit des militants du groupe aux
sympathisants puis au-delà...
Mais le collectif dut affronter d'autres difficultés : le matériel construit
par quelques camarades tomba à plusieurs reprises en panne. ET comme Radio
Trottoir ne voulait pas émettre uniquement pour émettre mais surtout pour
être écouté, pour dialoguer et pour avoir un soutien populaire, le collectif
décida de remettre le début des émissions à la rentrée sociale.
Fin août, le collectif tenta de se reformer, là encore, il redémarra
à partir des militants et des sympathisants du groupe anarchiste. Malgré
cela, le départ se fit sur les chapeaux de roues : accompagnée d'une bonne
propagande, les émissions commencèrent en Septembre. Le programme se composait
ainsi :
le vendredi de 21h à 23h émission musicale entre coupée d'interventions
en direct d'un invité.
Le dimanche de 10 à 12h (parfois13h) journal local et contre-information
accompagnée de chansons dites " engagées ".
A noter que cette dernière émission fur la plus écoutée : la virulence
et el style de ses propos ne put laisser indifférent ! De début septembre
à aujourd'hui, Radio Trottoir n'eut pas les honneurs du brouillage TDF
mais, de suite, à des équipes de repérage qui furent toujours bredouilles
grâce à la vigilance des animateurs de Radio Trottoir.
Que s'est-il passé le dimanche 8 octobre 78.
Ce jour là une trentaine de cow-boys (PJ section criminelle) ratissèrent
la colline du Farron, surplombant Toulon, avec, heureusement une discrétion
d'éléphants, ce qui permit à l'équipe de Radio trottoir de disparaître
corps et biens. Et nos ardents défenseurs de la veuve et de l'orphelin,
grâce à leur notion de flagrant délit (subtilité juridique permettant
à la police de faire tout ce qu'elle désire pendant 48h.), arrêtèrent
tout ce qui passait à portée de main. Et c'est ainsi que, grâce à des
circonstances heureuses pour eux et malheureuses pour nous, ils purent
arrêter puis, inculper, après 48heures de garde à vue, cinq militants
et sympathisant de Radio Trottoir, laissés actuellement en liberté provisoire.
Puisque rien n'a été saisi, Radio Trottoir continue à émettre. Par sécurité,
la durée des émissions a été ramenée à une demi-heure et les émissions
vont être suspendues pour deux semaines. En effet cette suspension est
rendue nécessaire pour réviser le matériel, un peu bousculé ces derniers
temps et pour revoir de nouvelles méthodes d'organisation.
D'autre part, nous mettons sur pied un comité de soutien. Par rapport
à cette répression, quelle solidarité pourrons-nous vous demander à vous,
camardes anarchistes ?
Bien entendu, on peut faire appel au fric car vous n'ignorez pas que nous
risquons gros, mais cela ne fera jamais que limiter la casse. Or la meilleure
solidarité doit être active, comme nous avons tous fait preuve pour Gosselin.
La meilleure solidarité que vous pouvez avoir pour nous, c'est de relancer
la dynamique des radios libres " de développer la propagande en leur faveur
(meetings, galas, affiches, etc.) et d'en mettre en marche partout...
Allez, partout prenons la parole ! Emettons !
Gérard
Blain : Inculpé et en liberté provisoire
pour : émission de radio en violation du monopole
Autres
Articles :
Histoire
de Radio Libertaire ; Pierre
Bourdieu sur Radio Libertaire
;
A
lire :
Radio
Libertaire la voix sans maître (Editions
du Monde libertaire) ;
|