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ILS ONT VOTÉ... ET PUIS APRÈS ?
interview de Léo Ferré réalisée -avec d'autres- à l'occasion des vingt ans de 1968 pour Radio Libertaire et
le Monde Libertaire, puis compilées dans un ouvrage paru aux Editions du Monde libertaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sites web
sur Léo :

Léoferré.org

Textes, chansons

 

 

 

 

Qu'est-ce que mai 68 a représenté pour Toi, en tant qu'homme, en tant qu'anarchiste et qu'artiste ?
Léo Ferré : Pour moi ça a été extraordinaire de voir cette façon d'agir, de voir ce bouleversement... les révolutions viennent parce qu'elles doivent venir. Je dis toujours que ce ne sont pas les hommes qui font les révolutions mais que ce sont les révolutions qui se font parce qu'elles doivent se faire. Un rien et tout claque. Par exemple, il y, a Nanterre, les filles veulent recevoir les garçons, les uns et les autres veulent pouvoir se rencontrer tranquillement. Un refus et ils se révoltent, ils se révoltent et ça déborde dans la vie. Mai 68, je l'ai reçu comme des tas de gens l'ont reçu, c'est-à-dire comme un moment mémorable, pour moi plus important que 1789, sa loi Le Chapelier et son Robespierre.

Mai 68 a-t-il modifié ta conception de la chanson, ton type d'engagement ?
Léo : Je n'ai pas décidé d'être autre chose parce qu'il y avait eu Mai 68, j'ai évolué parce que je vis quotidiennement comme tout le monde, que les événements m'intéressent, que je les prends comme il faut les prendre mais avec ma façon à moi. Il y a vingt ans, le soir de " la nuit des barricades " je faisais un gala à la Mutu (1) en soutien au Monde libertaire. A la sortie les anarchistes rejoignent l'insurrection, aujourd'hui, 20 ans après, je chante au T.L.P. (2). Ce jour-là dans l'après-midi, j'avais fait une petite répétition pour tout mettre en place, je n'arrivais pas avec des lasers... La Mutu était un lieu vraiment ouvert, comme un fromage à trous. J'étais sorti pour aller au café du coin et j'ai vu dans la rue, j'en avais les larmes aux yeux, des étudiants avec leurs profs qui avaient des drapeaux rouges et des drapeaux noirs, C'était la première fois que je voyais des gens dans la rue avec des drapeaux noirs. Mai 68, ça a été une porte ouverte, entrouverte plutôt, une porte qu'il faudrait pousser en avant qui a permis la libération sur des tas de plans. C'est vrai le monde a changé, je n'invente rien. Je ne peux pas dire que mai 68 m'ait changé mais j'ai fait des choses, à ce moment-là, j'ai eu des tas d'envies, j'ai travaillé avec les Zoo. A l'époque aussi, il y avait contre moi une espèce d'appel au meurtre prononcé par ce type abominable " d'extrême droite " qui se disait d'extrême-gauche : Jean-Edern Hallier.
Il avait dit qu'il fallait aller foutre des pavés sur la scène à Léo Ferré. Ça a commencé à Lille, pas des pavés d'ailleurs mais des tire-fonds pour fixer les rails de chemin de fer. Je n'ai jamais compris pourquoi, ça a duré toute une journée, vraisemblablement parce que je disais des choses qu'ils ne savaient pas dire ou qu'ils ne voulaient pas entendre.
Aujourd'hui avec ces élections (3) ça donne envie de dégueuler, de dégueuler le sens de la vie.

Que reste-t-il de 68 ?
Léo : Une porte entrouverte, en 68 les gens avaient 20 ans, ils en ont 40, ils sont dans la vie mais s'ils ont vieilli peut-être plus vite que d'autres. Mai 68, c'est Paul Castanier (4) qui a trouvé l'expression et que je cite : " Mai 68, disait-il, c'est la révolte collective de l'intelligence ", ça ne s'était jamais vu. Après, les révoltes sont reparties mais ça ne fait rien car la révolution se fait quels que soient les hommes. Les hommes passent, les idées généreuses restent. Ce serait plus facile s'il n'y avait pas cette foutue télévision qui gâte tout. Quand les gens achètent la télévision, ils achètent un flic et chez eux ils ouvrent le flic. " A 20 heures, la police vous parle ", aujourd'hui il y a six chaînes, six flics qui se relaient 24 heures sur 24. En 68. j'ai cru au Père Noël et ceux du 22 mars aussi, heureusement en 68 il n'y avait pas d'armes, car les armes c'est le drame.

(1) La Mutualité, le 10 mai 1968. Selon les militant(e)s ce jour là, c'est à cette occasion que Léo a écrit " les anarchistes ".
(2) Théâtre Libertaire de Paris
(3) La rencontre avec Léo Ferré a eu lieu le 8 mai 1988, le jour de l'élection présidentielle.
(4) Pianiste lors des concerts de Léo Ferré.


Léo chante pour les anars le 10 Mai 1968 à la "Mutualité" (Quartier Latin) :
programme du gala en soutien au Monde Libertaire et à la revue La Rue



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A lire :
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Les Cahiers d'Etudes Léo Ferré
(20 rue du coudray 44 000 Nantes) ; Poètes vos Papiers ! ;

A écouter :
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