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| Le
surréalisme, c'est l'insurrection de l'esprit
! Maurice Joyeux "J'estime
que nous ne pouvons pas éviter de nous poser de la façon
la plus brûlante la question du régime social sous lequel
vous vivons, je veux dire de l'acceptation ou de la non-acceptation de
ce régime". |
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le
surréalisme ?
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Le premier Manifeste du surréalisme a porté le coup décisif à un art de suffisance, dont le projet consistait à magnifier une société qui vivait de l'exploitation de l'homme par l'homme. L'ENGAGEMENT POLITIQUE C'est de la création de la "révolution surréaliste" que date le premier engagement formel de Breton et de ses amis dans la voie révolutionnaire. Sur la couverture du premier numéro de la revue, figure cette déclaration : "Il faut aboutir à une nouvelle déclaration des droits de l'homme" ; et c'est à cette époque et sous l'impulsion d'Artaud que des textes comme "Ouvrez les prisons, licenciez l'armée" sortent du "Bureau des recherches surréalistes". Enfin, dans le numéro quatre de la revue, un document de Breton proclame : "Dans l'état actuel de la société en Europe, nous demeurons acquis aux principes de toute action révolutionnaire, quand bien même elles prendraient pour point de départ la lutte des classes." Puis c'est une proclamation contre la guerre du Marne et enfin le fameux banquet de Saint-Pol-Roux qui marque la capture des surréalistes avec les écrivains anciens combattants qui dominent la vie littéraire à cette époque. Dans Légitime Défense, André Breton écrit : Il n'est personne de nous, qui ne souhaite le passage du pouvoir des mains de la bourgeoisie à celles du prolétariat. Et des polémiques s'engagent sur la fameuse phrase d'Aragon sur "Moscou la gâteuse". Le groupe se rapproche alors de Clarté , la revue des intellectuels communistes que dirige Henri Barbusse. La foi révolutionnaire allait pousser ces intellectuels, dont bien peu étaient marxistes, à adhérer au Parti communiste qui les reçut avec méfiance. Seuls, les militants syndicalistes de ma génération, dont beaucoup, bien que plus avertis que ces jeunes intellectuels, se laissèrent prendre également au mirage russe, peuvent comprendre. L'engouement qui existait alors pour une révolution dont les crimes étaient encore inconnus. André Breton, après de multiples interrogatoires savoureux, mené par cet abruti de Michel Marty (je l'ai bien connu), fut affecté à "la cellule du gaz". Ses démêlés avec le parti reste un morceau d'anthologie indispensable à qui voudra tracer le portrait de l'homme communiste de cette période. Ces brimades odieuses et ridicules provoqueront dans le groupe des remous, et Artaud, Vitrac, Soupault et quelques autres, qui se replieront sur "l'art pour l'art" en seront exclus. Dès lors, la démarche
d'André Breton prend deux aspects : d'une part an raidissement
contre la position de départ du surréalisme qui voulait
que celui-ci se suffit à lui-même, et d'autre part un raidissement
contre tout ce qui pourrait l'entraîner à se saborder pour
permettre à ses éléments de rejoindre les révolutionnaires
politiques. LE CHEMIN DE LA LIBERTE "L'homme qui s'intimiderait
à tort de quelques monstrueux échecs historiques est encore
libre de croire à la liberté. Il est son maître en
dépit des vieux nuages et de ces forces aveugles contre lesquels
il lutte." Malgré les tracasseries des cellulards, le groupe surréaliste entre dans une période d'intense activité. Elle sera dominée en 1930 par la parution du second Manifeste, que précède " Nadja " en 1928 et que suivra " les vases communicants " en 1932. Une nouvelle revue, Le Surréalisme au service de la révolution défendra les positions du groupe et poursuivra l'expérience surréaliste de manière tout à fait indépendante du Parti communiste. Prévert, Dali, Bunuel, Queneau, Sadoul, René Char, ont rejoint l'équipe qui entre en lutte ouverte contre le Bureau International des écrivains qui siège à Moscou. Un voyage de Sadoul et d'Aragon à Moscou, va précipiter la rupture. Partis en Russie pour défendre la liberté de la culture ces deux personnages capituleront devant la bureaucratie stalinienne et signeront un texte qui s'engageait "à soumettre leur activité littéraire au contrôle du parti communiste". Malgré un texte de rectification assez plat, c'est le grand schisme. Aragon, Sadoul et quelques autres vont devenir les valets de la politique de guerre des partis communistes devenus nationalistes. Breton et ses amis essaieront de se maintenir quelque temps à l'A.E.A.R. que préside Vaillant Couturier, association d'écrivains communisants, mais un texte de Fernand Alquié "Le surréalisme au service de la révolution" coupera les derniers liens qui rattachaient encore le groupe au parti communiste. Dès lors, nous retrouverons Breton à tous les tournants de l'histoire, où celle-ci est prise à la gorge soit par les fascistes, soit par les communistes. Au soir même du six février 1934, il prend l'initiative du premier appel à la lutte des intellectuels au côté du prolétariat. En bas de cet appel, nous trouvons, avec le sien, les noms de Malraux, de Monatte, d'Alain, d'Henri Jeanson, de Poulaille, d'Ilie Faure, etc. Il prend alors contact avec Léon Blum. Il nous a laisse un plaisant récit de ses rapports avec l'homme politique nourri d'une littérature abondante et variée. C'est à cette époque qu'il verra se fermer devant lui les portes du Congrès des écrivains pour la défense de la culture, pour avoir, la veille, administré à cette fripouille d'Ehrenbourg, la paire de gifles qu'il méritait depuis si longtemps. Puis ce fut la guerre d'Espagne et le groupe surréaliste se rangea aux côtés des militants du POUM et de la FAI. Les masques sont alors tombés et nous retrouvons André Breton au cours des luttes que le monde du travail mènera pour la liberté contre l'oppression, quelle que soit l'étiquette derrière laquelle celle-ci se camoufle. Intellectuellement, le surréalisme a alors gagné la partie. La guerre surprendra le poète à son retour de Mexico où sa rencontre avec Trotsky sera décisive. On peut certes discuter les positions politiques de ce dernier, loi reconnaître une certaine responsabilité dans l'évolution du communisme en Russie, mais il est à ma connaissance le seul marxiste qui se soit refusé à mettre l'expression littéraire ou artistique à la remorque d'un parti. Breton et Trotsky participeront à l'élaboration d'un texte capital qui porte pour titre "Pour un art révolutionnaire indépendant" et qui déclare que l'art et la poésie doivent demeurer entièrement libres de leur démarche propre. Breton passera les cinq années de guerre à New-York où, speaker à la Voix de l'Amérique, il continuera le combat pour la liberté. De retour en France, et sous l'influence de Charles Fourier et de, socialistes utopiques, nous le verrons proposer la création d'états généraux. C'est à cette époque qu'il a écrit l'Ode à Charles Fourier. Puis de nouveau nos chemins se croiseront et nous le retrouverons à nos côtés chaque fois que la liberté sera en question. Et je pense en particulier aux moments difficiles de la guerre d'Algérie, ou bien pour protester contre l'écrasement du peuple hongrois par les soudars soviétiques. André Breton vient de mourir mais le surréalisme, lui, est bien vivant. Comme tous les mouvements d'idées, il fut à la fois flux et reflux, erreurs et vérités. Le moment semble venu pour le mouvement ouvrier d'en dégager l'apport essentiel.
L'INSURRECTION DE L'ESPRIT ET LE MOUVEMENT SOCIAL A ceux qui nous pressaient
de consentir à ce que l'art soit soumis à une discipline
que tenions pour radicalement incompatible avec ses moyens, nous opposions
un refus formel On a souvent reproché au surréalisme son exhibitionnisme. C'est vrai ! Mais c'est également vrai de toutes les insurrections de l'esprit qui ont secoué, l'histoire intellectuelle de l'humanité. L'outrance du langage surréaliste et ses jugements à priori sont de la même veine que le gilet rouge de Théophile Gauthier le soir de la bataille d'Hernani ou que l'iconoclasme qui accompagna la Réforme. La profanation du rite établi est l'arme essentielle de l'intellectuel qui rite les valeurs spirituelles qu'on lui Impose et en propose d'autres. Pourtant le surréalisme a été plus loin que les autres disciplines qui l'avaient précédé. Il a clarifié les rapports qui existent entre les intellectuels et les travailleurs, il a défini leur champs réciproques d'action et c'est en cela qu'il nous est cher. Avant Breton, l'expression littéraire ou artistique n'était pas considérée comme possédant une valeur révolutionnaire ou sociale en soi Cette expression existait et c'est son contenu, ou plutôt le sujet qu'elle exposait, qu'on jugeait révolutionnaire ou conservateur. L'écrivain sorti du peuple ou allant au peuple décrivait la misère du peuple. Son oeuvre d'écrivain ou de peintre avait la valeur d'un acte de propagande. Lorsqu'il dénonçait ou lorsqu'il proposait, il le faisait dans la langue et avec les moyens qui étaient ceux de tous les intellectuels de son époque. Il se mêlait au peuple, s'assimilait au peuple, se confondait avec le peuple. Ses préoccupations sociales étaient exclusivement celles du peuple même lorsque son existence particulière se confondait avec celle de la bourgeoisie Parfois "pour faire plus vrai" l'écrivain ou l'artiste rejoignait le peuple à l'usine. Pas pour longtemps généralement ! La culture était alors considérée comme le patrimoine de la population tout entière, même si cette population était divisée en classes différentes. Pour un romantique, par exemple, l'effort révolutionnaire consistait à écrire Les Misérables ou L'insurgé et à faire le coup de feu derrière la barricade. L'ouvrier cultivé, s'ingéniait à copier la forme d'expression qui était celle de la classe dominante. Bien sûr, au cours de l'histoire, des voix s'étaient élevées centre cette généralisation, des écrivains avaient dénoncé un art et une culture qui n'étaient que le reflet de la bonne conscience de la classe dirigeante. Bien sûr, on commençait déjà à comprendre que si Courbet était un artiste mêlé au peuple, Rimbaud, lui, était, par sa technique, par sa remise en muse des valeurs morales de la société, le véritable démolisseur de l'esthétique de la bourgeoisie. Mais c'est le surréalisme, sans peut-être bien s'en rendre compte, qui allait faire voler en éclats le vieux mythe d'une expression littéraire et artistique commune, à tous, et la bourgeoisie le comprit bien, qui n'aura que louange pour la Barricade de Delacroix et fulminera contre les impressionnistes dont les sujets n'ont rien de révolutionnaire, mais dont la technique l'est. Le surréalisme allait sortir l'élite intellectuelle de l'imagerie d'Epinal sur les misères du peuple. Les affaires sociales étant affaire du peuple, lui, le surréalisme, allait attaquer un même adversaire, la bourgeoisie, sur son terrain à lui, le terrain intellectuel. Les travailleurs menaient le combat contre une économie qui les opprimait, les intellectuels révolutionnaires allaient mener le combat centre les arts et l'ex:pression qui justifiaient l'exploitation des travailleurs. La place de l'écrivain n'était plus à l'usine pour défendre des salaires, mais dans les cénacles pour démolir les valeurs littéraires et artistiques de justification du système capitaliste. Bataille parallèle qui avait le même objectif, mais que chacun menait suivant ses propres moyens et dans la sphère particulière où il évoluait. Les problèmes des rapports du monde du travail et de l'insurrection de l'esprit étaient pour la première fois résolus, sans que Breton et ses amis s'en rendent bien compte eux-mêmes. L'anecdote était remise à sa vraie place, celle d'un tract de propagande de qualité supérieure. Le rôle des intellectuels ne consistait plus à guider les ouvriers mais à mener un combat parallèle contre un ennemi commun, la bourgeoisie. Et c'est en contribuant à dégager ces vérités que les surréalistes et Breton ont accompli leur tâche majeure, même s'ils n'en furent pas eux-mêmes persuadés. André Breton ne se mêlera jamais directement de questions ouvrières. On ne le verra jamais donner de conseil aux ouvriers sur la façon de mener leurs luttes. Il sera présent dans de nombreuses manifestations. Maurice Joyeux
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