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Les années qui ont
suivi la guerre civile espagnole sont parmi les plus noires de l'histoire
espagnole avec la suppression des libertés les plus élémentaires, la répression
féroce à l'encontre des antifascistes, les liquidations d'opposants, entre
autres violences. L'État se vengeait de l'autonomie de la population et
de sa recherche d'un autre futur. À cette tentative, Franco et sa clique
avaient répondu par des menaces qu'ils avaient mises à exécution avec
brutalité.
En août 1936, on entendait déjà sur Radio Saragoza :
Race de vipères ! Êtres immondes ! Pour vous, pas de clémence, pas de
pardon, pas d'oubli… Sur vous, bourgeois de gauche, embusqués sous le
déguisement immonde du judaïsme et de la maçonnerie, sur vous, nous demandons
le poids implacable de la justice ; nous exigeons pour vous qui êtes tachés
du sang de tant de victimes innocentes l'extermination totale et immédiate
[…].
L'Espagne se sauvera en vous détruisant, l'Espagne jure que vous tomberez
(1).
On évoque souvent ces temps-ci le devoir de mémoire et quand Federica
Montseny parle de "lier le passé au présent " au début d'Un autre futur,
cela paraît concret et important.
Contre vents et marées, suite et quatrième partie d'Un autre futur (2),
nous raconte les chemins de l'exil, les résistances contre quarante ans
de dictature à l'extérieur et à l'intérieur de l'Espagne, des tentatives
d'assassinat du Caudillo, les exécutions, les souffrances, les camps,
le soutien des gouvernements internationaux à Franco, le retour impossible,
et surtout nous montre la force des convictions des témoins.
Ce sont aussi les grands meetings de l'après Franco, comme le meeting
de Barcelone en 1977 en présence d'un demi-million de personnes.
Les leçons à tirer de cette résistance sont multiples.
Si certains et certaines peuvent considérer Contre Vents et marées
comme un film noir, il n'empêche qu'il donne des exemples de courage et
de fidélité aux idées libertaires. Il renvoie aussi à des questions sur
l'engagement. Que dire encore, sinon qu'il faut continuer la lutte. Les
nouvelles formes de totalitarisme sont en place. À nous de trouver les
actions, les solidarités, les expressions pour dire à nouveau : No pasaran
!
Chroniques rebelles (Radio libertaire)
caricature parue dans le Libertaire
M.L. : Quelle
a été ta démarche dans la réalisation de Un autre futur et de Contre vents
et marées ?
Richard Prost : Nous avons démarré Un autre futur en 1986 et,
dès la création du premier scénario, nous avons voulu arrêter l'histoire
des exilés espagnols à la mort de Franco [1975]. En 1988-1989, devant
le manque de moyens, nous avons arrêté notre récit en 1945 et terminé
la production d'Un autre futur. Des interviews et des rushes n'avaient
pas été montés, mais il manquait des pans d'histoire, des interviews,
des séquences. J'ai donc retravaillé l'écriture de cette quatrième partie
avec Aimé Marcellan, fils de Tomas Marcellan, exilé espagnol qui travaillait
à l'imprimerie de Choisy-le-Roi (décédé le 8 juillet dernier).
M.L. : Le film débute
avec un générique sur les plans de l'imprimerie historique de Choisy-le-Roi
où ont été imprimés les tracts, les journaux de la résistance contre Franco,
puis c'est le témoignage d'un exilé qui a passé la Seconde guerre mondiale
dans un camp de concentration. Pourquoi ?
R.P. : Roque Llop, ce petit homme à lunettes est bien connu des
habitués de la C.N.T., rue des Vignoles. Pour moi, Llop est un personnage
fondamental dans mes rencontres avec les exilés espagnols. Nous avons
peu parlé ensemble, il était très discret. J'étais néanmoins très ému
à chaque rencontre parce qu'il était à la fois le symbole de l'anéantissement
total et celui de la résistance parfaite. Llop, pour son malheur, a fait
partie de ces "volontaires" forcés envoyés dans le Nord pour renforcer
la ligne Maginot, comme Moreno, l'un des personnages de Un autre futur.
Llop se retrouve donc face aux troupes allemandes en mai 1940. Il est
envoyé dans différents stalags pour arriver à Mathausen en janvier 1941,
puis il est ensuite transféré au camp de Gusen. Il a survécu dans ces
camps d'extermination nazis de 1941 à 1945. Cette quatrième partie montre
également des exilés qui liaient leur lutte à la guerre d'Espagne, dont
beaucoup sont allés dans les maquis de la résistance.
M.L. : J'étais
antimilitariste et j'ai vécu neuf ans de vie militaire ! dit un des témoins
à la fin d'Un autre futur.
R.P. : J'ai choisi Miguel Quintana pour parler de la résistance
dans les Pyrénées pour revenir à la résistance dans le Sud de la France.
Dans Un autre futur, Joaquin Desde parlait de la résistance dans les Alpes
où on ne s'attendait pas à trouver des résistants espagnols. Dès 1942,
50 Espagnols s'y sont regroupés sur 450 personnes. Dans la mythologie
de la résistance, ce sont les chiffres des derniers mois de guerre qui
sont énoncés : 3 000 à 4 000 personnes sur le plateau des Glières. Donc
50 Espagnols sur 450 résistants au début de l'Occupation, à Annecy où
les Espagnols étaient peu représentés, cela donne l'idée de la participation
des exilés espagnols dans les maquis. Combien étaient-ils dans les Pyrénées,
où ils étaient le plus représentés ? Je voulais montrer Miguel au Mas
Tartas, près de Font Romeu, où il a organisé le passage d'hommes, d'argent,
de tracts et d'armes.
M.L. : À l'arrivée
des alliés, Miguel s'écrie : "Mon objectif, ce n'est pas le Rhin, c'est
l'Ebre !" qui montre bien que la lutte antifasciste aurait du continuer
de l'autre côté des Pyrénées, Franco ayant été soutenu par Hitler et Mussolini.
R.P. : Miguel est rebelle, une personne intègre, fidèle
à ses idées. Il a participé à la libération de Montpellier, avant l'arrivée
du Maréchal de Tassigny. Quand la première division blindée a débarqué
dans la ville, il a été question d'intégrer ces résistants et de leur
imposer un ordre hiérarchique. Peut-être aurait-il accepté ces contraintes
s'il s'était agi de continuer sur l'Espagne. Mais pour rejoindre dans
le Nord la 2e DB qui se dirigeait sur Paris, non. Il a conservé des armes
et les a utilisées pour monter des réseaux pour déstabiliser le régime
franquiste.
M.L. : Une phrase de
l'un des exilés résume parfaitement la situation après 1945 : Le fascisme
avait été vaincu mais Franco était toujours là . Quelle a été la réaction
des exilés espagnols à l'abandon des alliés ?
R.P. : Leur attitude a été de poursuivre la lutte. Certains agissent
de manière violente pour déstabiliser le régime, d'autres tentent d'infiltrer
les usines et les entreprises en Espagne, de même qu'ils mettent en place
des comités régionaux et des imprimeries clandestines. La grande majorité
de la communauté en exil se répartit en France, au Mexique, en Argentine,
en Afrique du Nord, en Algérie et en Australie. La communauté en exil
n'est pas fermée, elle s'ouvre aux autres, mais on ne se dilue pas, on
conserve ses valeurs.
M.L. : Et la presse
en exil ?
R.P. : La presse en exil diffuse des documents et des journaux.
J'ai retrouvé des journaux de septembre 1944, notamment de Bretagne. Après
la libération, la diffusion est régulière, les deux journaux importants
sont la C.N.T. à Toulouse, et Solidaridad Obrera, à Paris.
M.L. : Les caches dans
les Pyrénées, les points de passage de militants vers l'Espagne, le système
de boîtes aux lettres, la reconstitution du mouvement, cela se passait
comment ?
R.P. : Quintana permettait le passage de nouveaux militants, inconnus
des services de police et des franquistes, qui servaient de liaison avec
des militants sur place pour les informations, les tracts, le papier.
L'apport de nouveaux militants était fondamental. Diego Camacho, que tout
le monde connaît sous le nom d'Abel Paz, a fait partie de ces militants.
Il a vécu la vie des militants de la C.N.T. et a témoigné, par ses livres
et ses articles, du fonctionnement de la résistance, comment imprimer
15000 exemplaires d'un journal clandestin, par exemple.
M.L. : Cette époque
de répression était terrible, les franquistes fusillaient tous les jours.
À Séville, on parle de 80 personnes exécutées par jour, de 250 à Madrid,
250 à Barcelone. Dans le village de Miguel, Calanda, il y a eu 70 morts
pendant la guerre civile et 200 après 1939.
R.P. : Calanda comptait 5 000 personnes, il n'en est resté que
2 500, les autres se sont exilés. À l'arrivée des troupes franquistes,
la répression a été brutale. Tous ceux qui n'avaient pas fui et avaient
participé, même de loin, au mouvement, ont été exécutés.
Affiches de soutenant
la lutte anti-franquiste
M.L. :
L'Espagne est devenue un immense camp de concentration ?
R.P. : Miguel le dit à la fin d'Un autre futur : " Nous étions
dans les camps de concentration français, mais n'oublions pas qu'à cette
époque, le plus grand faisait 450 000 km2 et s'appelait l'Espagne ". C'est
essentiel de souligner l'importance de la lutte et les risques encourus
par les militants, comme d'ailleurs le cynisme des alliés dans l'abandon
des résistants espagnols.
M.L. : Les alliés savaient
ce qui se passait en Espagne, les exécutions massives, la situation dans
les prisons, les tortures, la violence de la répression.
R.P. : L'Espagne est pourtant reçue à l'U.N.E.S.C.O., en 1952,
et à l'O.N.U., en 1955. Peu importe l'horreur et les exactions commises,
on passe l'éponge sur tout.
M.L. : La résistance
s'organise et les militants lancent même, en 1940, une radio pirate qui
diffuse des émissions pendant quelques semaines, avec l'indicatif de la
C.N.T.-F.A.I.
R.P. : Le gouvernement espagnol intervient rapidement auprès du
gouvernement français et l'émetteur est saisi. Mais le symbole est fort.
Les résistants espagnols ont utilisé tous les moyens de communication
pour la lutte, la presse, la radio.
M.L. : Quelle a été
l'action de Diego Camacho ?
R.P. : Il a fait de fréquents séjours en prison. Le système carcéral
espagnol était particulier. Diego n'était pas à l'isolement. Les prisons
espagnoles étaient bondées dans les années 40 et il était quasi impossible
d'isoler les prisonniers politiques. Le nombre de personnes par cellule
facilitait la circulation des informations.
M.L. : Le film montre
un camp de travail autour d'un monument à la gloire du franquisme, construit
par des prisonniers politiques, dans la vallée de Los Caidos.
R.P. : La construction de ce monument, typique des régimes fascistes,
s'est achevée en 1962. La participation des prisonniers à sa construction
reposait sur un système d'échange : deux ans dans la vallée de Los Caidos
pour quatre ans de prison. C'est un monument à la gloire des morts de
la guerre civile, à la réconciliation, évidemment catholique ; l'alliance
entre le franquisme et la nomenklatura catholique. Il y a eu une tentative
pour faire sauter l'édifice, mais elle a échoué.
M.L. : La résistance
de l'extérieur s'étend sur combien d'années ?
R.P. : Jusqu'en 1963 avec la mort de José Capdevilla, ensuite elle
s'est délitée.
M.L. : De nombreuses
grèves ont eu lieu à cette époque, dans les transports à Barcelone, dans
les mines des Asturies… celle-ci a d'ailleurs été brisée par des importations
de charbon d'U.R.S.S. et de Pologne. La résistance n'a jamais réussi à
déstabiliser la dictature de Franco, soutenue par tous les États. Comment
a-t-il échappé à toutes les tentatives d'assassinat ?
R.P. : La résistance contre Franco est un phénomène extrêmement
important qui correspond aussi à des choix individuels de militants. L'essentiel,
à mes yeux, est la permanence de leur idéal. Nombreuses sont les tentatives
pour éliminer Franco, mais la décision de frapper la tête de l'État est
partie du congrès de Limoges en 1961. Franco ne signalait aucun de ses
déplacements. Il n'est sorti que deux fois du territoire espagnol : la
première pour rencontrer Hitler à Hendaye et la deuxième pour Mussolini
à Bordiguera. La presse annonçait, le lendemain, qu'il était venu à Barcelone,
ville qu'il voyait d'ailleurs comme un territoire étranger. Il était terrorisé
par la Catalogne.

F. Montseny,
Esgleas, J. Rosell, à un meeting de la CNT en Exil (salle de la
mutualité à Paris)
M.L. : D'où le sacrifice
de jeunes militants ?
R.P. : Dans le film, Maria Batet parle de ces jeunes, sacrifiés,
témoignage suivi d'une longue liste de noms. Maria vivait à Toulouse,
auprès de Federica Montseny, dont elle était la secrétaire. Maria est
une femme exceptionnelle à qui l'on pourrait consacrer un film. Son histoire
est fabuleuse, elle a rencontré tout le monde dès les années trente. Dans
la séquence de la machine à écrire, la liste des noms -pour la plupart
des inconnus morts en 1948-, semble interminable. Maria les a sans doute
croisés comme elle a connu les plus grands, les trois frères Sabaté, Capdevilla
et d'autres.
M.L. : Dans ce film,
tu abordes la question des liens entre les phalangistes et l'O.A.S.
R.P. : Payà, exilé en 39, regroupé avec tous les autres exilés
espagnols autour du centre Garcia Lorca à Alger, en parle. L'O.A.S. utilisait
l'Espagne comme base, pour s'entraîner. Les républicains espagnols étaient
en butte à de nombreuses difficultés en tant qu'Européens. Ils devaient
choisir leur camp. À Bab El Oued, dans un immeuble européen, Payà fut
sollicité pour cotiser à l'O.A.S. Son refus de se faire racketter le mettait
en danger de mort et il s'est réfugié dans le quartier musulman. Un autre
militant a été tué parce qu'il vendait la Soli et la presse libertaire
dans les bars d'Alger.
M.L. : Quel
a été l'engagement des intellectuels face à la dictature franquiste ?
Albert Camus a écrit un article remarquable pour protester contre l'admission
de l'Espagne à l'O.N.U. Le titre est significatif : " Démocrates couchez-vous
! " (4).
R.P. : Un titre qui n'a malheureusement rien perdu de son actualité.
Camus reprend les événements passés pour mieux dénoncer la trahison. Il
est le type même de l'intellectuel qui ne faiblit ni jamais ne dévie.
Il est toujours resté fidèle aux exilés espagnols, et il est un des seuls
à parler de la C.N.T. de manière juste. J'ai utilisé une partie de son
discours, prononcé à la salle Wagram pour protester contre l'entrée de
l'Espagne à l'U.N.E.S.C.O., organisme avec lequel il a cessé toute collaboration
par la suite.
M.L. : Ils étaient
peu à protester contre la complicité des États. Et Pablo Casals ?
R.P. : Casals est comme Camus, et c'est pourquoi ils sont dans
la même séquence. Ils représentent le non renoncement, la fidélité aux
engagements, un symbole de l'intégrité. Pablo Casals a vécu aux pieds
des Pyrénées, a créé et animé le festival de Prades, a refusé de se rendre
en Espagne, et de rencontrer certains hommes politiques auxquels il déclarait
: " Je vous parlerais d'amour, de droit et vous me parleriez de politique,
donc nous n'avons rien à nous dire. " Pablo Casals connaissait les exilés
de la C.N.T., discutait avec eux, donnait son soutien à Solidaridad Obrera.
Camus et Casals sont deux grands artistes engagés de cette époque.
M.L. : Dans les années
soixante, une page se tourne. Les militants infiltrés se sentent décalés
et sont facilement repérés. Pourquoi ?
R.P. : À partir des années soixante, l'exil a changé et n'a plus
les moyens d'assurer une clandestinité efficace. De nombreuses personnes
sont arrêtées.
Delgado et Granado
assassinés en 1963.
M.L. : À Choisy, l'imprimerie
tourne et les exilés écrivent des pièces de théâtre, organisent des représentations.
R.P. : La communauté est très active. Les images de la rencontre
du 19 juillet 1962 illustrent bien la solidarité de l'exil. De 1958 à
1964, la réunion de Toulouse était immuable.
M.L. : En 1961, de
Gaulle interdit la presse libertaire en langue espagnole, sous la pression
de Franco.
R.P. : Tomas Marcellan raconte cet épisode, les représentants de
la préfecture sont passés à l'imprimerie pour signifier l'interdiction.
Les compagnons prennent alors la décision de changer le titre en Boletino
informativo (Bulletin informatif). En deuxième page, la phrase, La
solidarité ouvrière ne sera jamais vaincue, indique aux abonnés qu'il
ne s'agit pas d'une erreur, mais de censure. Le titre change encore pour
Solidaridad, puis Boletin. Ils prennent contact avec les militants français
du Combat syndicaliste et trouvent la solution pour contourner l'interdiction
: la première page doit être imprimée en français pour éviter la censure.
Et Solidaridad Obrera paraît ainsi sous le titre Combat syndicaliste,
du début 1962 jusqu'en 1978. Le reste du journal est en espagnol. Ensuite,
c'est la CENIT. Le Combat syndicaliste de Tomas est le journal de l'exil.
L'actuel Combat syndicaliste, publié par la C.N.T. française, est différent.
(5)
M.L. : S'il existait
des difficultés de publication en France, la participation à l'impression
ou à la diffusion de journaux libertaires était passible, en Espagne,
de trente années d'emprisonnement.
R.P. : Pour ceux qui portent les explosifs, les peines sont très
lourdes. Mais des sentences de vingt à trente ans de prison pour quelqu'un
comme Las Casas, qui n'avait jamais porté d'arme, mais avait imprimé,
chez lui, pendant un an et demi, des journaux libertaires avec une presse
entourée de matelas pour amortir le bruit, cela paraît incroyable. Il
imprimait Juventud libertarias et Tierra y Libertad et a été condamné
à trente années de prison. C'est un instantané de la répression en Espagne
franquiste.
M.L. : Contre vents
et marées se termine sur les grands meetings de 1977, à Barcelone.
Un demi million de personnes y assistent.
R.P. : Franco meurt en novembre 1975. Le 1er mai 1976, il ne se
passe presque rien. Je n'ai là-dessus que quelques images volées de personnes
courant dans la rue. Et en 1977, ce sont les grands meetings. La chape
de plomb, instaurée par la dictature franquiste, n'a pas disparu avec
la mort du dictateur. Franco mort, le système restait en place.
M.L. : Pourquoi as-tu
choisi comme musique d'illustration Walk ?
R.P. : Cette musique provient d'un double CD sur Buenaventura Durruti
(6) produit par Jean Rochard. Jean m'avait appelé pour utiliser des extraits
de Un autre futur, et quand j'ai reçu le double album, cette chanson m'a
paru coller parfaitement aux images en super 8, filmées par les exilés
au moment de leur retour en Espagne. Ils avaient quitté leur pays en 1939
et sont revenus en 1977, au moment des grands meetings. Plusieurs avaient
une caméra et ils sont allés filmer la tombe de Durruti à Barcelone, leur
village. Miguel a filmé le balcon d'où ils avaient proclamé le communisme
libertaire, à Calanda. Ces images sont à la fois maladroites et très belles.
M.L. : C'est triste
et bouleversant de voir, dans Contre vents et marées (7), le retour
des exilés, après quarante ans et sans repères.
R.P. : Ils reviennent
vers le néant. Certains en meurent. D'autres tiennent, mais pour tous,
l'Espagne n'est plus leur Espagne.
M.L. : Comptes-tu réaliser
la cinquième partie de Un autre futur ?
R.P. : Un film qui retracerait l'itinéraire d'enfants d'exilés.
Pourquoi pas ? Des enfants qui sont nés dans les camps ou un peu plus
tard, sur la mémoire qu'ils gardent de l'engagement de leurs parents,
sur le rôle de cette influence dans leur vie et l'importance de la culture
libertaire. Aimé Marcellan pourrait être un des personnages, nous avons
fait ce film ensemble sur la mémoire des militants libertaires, sur la
mémoire de ses parents.
Interview d'Éric Jarry
et Christiane Passevant
* Contre vents et
marées, film-documentaire de 55mn (150 F), réalisation Richard Prost,
scénario de Richard Prost et Aimé Marcellan, sur l'exil et la résistance
des anarchistes après 1945 jusqu'à la mort de Franco. Le film a été diffusé
dans le cadre du premier festival Résistance en juillet 1997.
(1) Antonio Tellez
Solà, Sabaté. Guerilla urbaine en Espagne (1945-1960), éditions Repères-Silena,
Toulouse, 1990 (épuisé).
(2) Un autre futur. L'Espagne en rouge et noir, réalisation de
Richard Prost (2 h 30), 1989, en vente à la librairie du Monde libertaire
(215 F).
(3) Lire le témoignage de Miguel Celma écrit en 1979 : La collectivité
de Calanda 1936-1938. La révolution sociale dans un village aragonais,
éditions C.N.T., Région parisienne, 1997 (50F).
(4) " Démocrates, couchez-vous ! " l'Express, 17 novembre 1955.
(5) Le Combat Syndicaliste, mensuel (10 F), a plus de mille abonnés et
de nombreux lecteurs. Il est toujours fabriqué dans l'imprimerie de Choisy-le-Roi
.
(6) Buenaventura Durruti et la révolution espagnole (Nato), double CD
et livrets (1996) : Walk (They shall not pass) de Noël Akchoté.
(7) Otro Futuro existe déjà en espagnol. Des versions espagnoles et anglaises
de Contre vents et marées sont en préparation.
Camarades
dans un maquis en Espagne en 1946.
"Cette guerre européenne qui commença en Espagne ne pourra se terminer sans l'Espagne." A. Camus, le 7 septembre 1944 in Combat.
Autres
articles :
L'apport
du mouvement libertaire dans la résistance ; Albert
Camus et la pensée libertaire ;
24
aout 1944, les anarchistes et anti-fascistes espagnols libèrent
Paris ;
1937-1939, l'accueil des réfugiés espagnols en Bretagne (Interview de Pierre Petit, militant de la CGT) ;
1944
: les dossiers noirs d'une certaine résistance ;
Onze camarades
condamnés à mort, sauvez les ! discours d'André Breton
;
Jose
Ester Borras et le "réseau d'évasion Ponzan" ;
El
Quico, Francisco Sabaté : la guérilla libertaire en Espagne
1945-1960 ;
La
lutte armée contre le franquisme : apperçu historique du
Groupe du 1er Mai ;
La
lutte contre le franquisme 1966 : L'enlèvement de Mgr Ussia par
le Groupe du 1er Mai ;
L'affaire Delgado
Granado, un crime légal dans l'Espagne franquiste (1963) ;
Don Quichotte, Cervantes icônes de la lutte antifranquiste, par Federica Montseny et Albert Camus ; 1960 vers l'unité de la CNT espagnole en exil ;
A
lire :
Les camps de prisoniers espagnol 1939/45
(Marie-Claude Rafaneau-Boj)
;
Sabaté, Guérilla urbaine en Espagne ; Albert
Camus et les libertaires (brochure Volonté Anarchiste)
Albert Camus (Herbert R Lottman - ed Seuil)
A
voir :
Un autre Futur, Espagne en Rouge et Noir
(4
parties)
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