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Fédérica
Montseny
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Les événements de mai 1937
à Barcelone sont exemplaires à plus d'un titre. Ils se réduisent à une
idée principale : comment le stalinisme a utilisé l'antifascisme pour
liquider la révolution sociale. Pour réaliser cet objectif, il était indispensable
de liquider le mouvement anarcho-syndicaliste. Mais à ce moment-là, ce
mouvement, qui avait impulsé un vaste mouvement de collectivisations dans
l'industrie, les transports, l'agriculture, était trop puissant, trop
populaire pour être attaqué de front. Il fallait commencer par l'isoler
en s'en prenant au POUM, petit parti marxiste mais qui était sur des positions
révolutionnaires, dans lequel se trouvaient quelques trotskistes (1).
L'occasion était trop belle.
En Allemagne, Staline avait fait le lit du nazisme en sacrifiant le parti
communiste allemand pour liquider la social-démocratie. Tout mouvement
se réclamant de la classe ouvrière non contrôlé par Moscou devait être
liquidé. Staline menait une campagne contre les " hitléro-trotskistes
" ; le POUM fut donc dans la ligne de mire des communistes espagnols,
qui exigeaient de façon lancinante sa dissolution. Ils firent en sorte
d'éliminer Andrès Nin du gouvernement de la généralité de Catalogne, le
13 décembre 1936, avec sinon la complicité, du moins l'accord de la direction
de la CNT, qui ne sembla pas se rendre compte que cela, ajouté à d'innombrables
autres manœuvres, contribuait à isoler la Confédération chaque fois un
peu plus et à la rendre plus vulnérable face au stalinisme. Les staliniens
avaient déjà réussi à éliminer les militants du POUM de toute responsabilité
dans l'UGT : or celle-ci était, avant sa prise en main par les staliniens,
un allié naturel de la CNT… à condition qu'il y eût dedans des éléments
suffisamment radicaux pour favoriser cette alliance. Ainsi, lorsque la
CNT obtint que les deux partis marxistes se retirent de la généralité
en laissant la place à la seule UGT, c'est en fait le parti communiste
qu'elle avait face à elle. L'UGT, que les communistes contrôlaient, était
littéralement devenue l'organisation de la petite bourgeoise et du patronat
(2).
Les événements de mai 37 sont donc exemplaires de l'incompréhension de
la direction confédérale à saisir les rapports de forces, à comprendre
la nature réelle du stalinisme et son rôle contre-révolutionnaire, alors
que la masse des travailleurs soutenait la CNT.
Communisme espagnol
?
Les communistes espagnols
représentaient peu de chose avant la guerre civile, et ne purent se développer
qu'en attirant à eux la paysannerie aisée opposée à la collectivisation,
la petite bourgeoise, beaucoup de fonctionnaires de police, des militaires.
L'épine dorsale du mouvement communiste espagnol, soutenu par Moscou,
offrait son expérience organisationnelle à des couches sociales dont les
intérêts coïncidaient, à ce moment-là, avec les intérêts de la politique
internationale de Staline. Ce dernier ne pouvait accepter l'idée d'une
révolution prolétarienne se développant en dehors de son contrôle et sur
des bases radicalement différentes de la révolution russe. En participant
au gouvernement et en pratiquant le noyautage des instances de pouvoir,
les communistes acquirent donc une puissance hors de proportion avec leur
base sociale. Les communistes, soutenus par la petite bourgeoise nationaliste
catalane, s'exprimaient ouvertement contre les collectivisations ce qui
est un paradoxe curieux, sachant qu'en Russie ils avaient imposé la collectivisation
forcée de l'agriculture avec la violence la plus inouïe, faisant des millions
de morts…
En octobre 1936, un communiste
est nommé ministre du ravitaillement, poste précédemment tenu par un anarchiste.
Les comités ouvriers de ravitaillement, mis en place par les anarchistes
et qui fonctionnaient efficacement, sont dissous. La distribution de l'alimentation,
assurée par le système de la vente directe des produits organisés par
les comités des syndicats, est remise au commerce privé. Les prix augmentent,
provoquant la pénurie. Le mécontentement de la population monte, mais
les communistes accusent les anarchistes. Les forces de police -garde
civile et gardes d'assaut- avaient été dissoutes et remplacées par des
"patrouilles de contrôle". Mais la police sera rapidement reconstituée,
contrôlée par les staliniens. Le même processus s'était passé, le 10 octobre
1936, avec la militarisation des milices, dont les communistes étaient
de chauds partisans.
La Batalla du 1er mai 1937 décrit la composition sociale et le
mode de recrutement de la police contrôlée par les communistes : " ils
ont concentré en Catalogne une partie de la formidable armée de carabiniers,
qui avait été créée dans des buts contre-révolutionnaires, en la recrutant
parmi les éléments du parti communiste dépourvus d'éducation politique,
parmi les ouvriers n'appartenant à aucune idéologie, et même parmi les
petits-bourgeois déclassés, ayant perdu toute confiance dans le rétablissement
de leur position…"

Affiche et caricature représentatives de la campagne communiste contre le POUM.
Une offensive est lancée
contre la liberté d'expression.
La censure devient de plus en plus importante, y compris la censure politique.
Un meeting CNT-POUM est interdit le 26 février 1937 à Tarragona. Le 26
mars 1937, les libertaires s'opposent à un décret qui dissout les patrouilles
de contrôle, qui interdit le port d'armes par les civils et l'affiliation
politique ou syndicale des gardes et des officiers de police, et qui dissout
les conseils d'ouvriers et de soldats, ce qui équivalait à la liquidation
du pouvoir réel de la Confédération, élément moteur des milices, maîtresse
de la rue et des usines.
De fait, les patrouilles de contrôle ne rendent pas leurs armes, au contraire,
les militants sortent dans la rue et désarment les forces de police régulières,
qui résistent, des coups de feu sont échangés. La mesure de suppression
des patrouilles de contrôle avait été prise en accord avec les conseillers
anarchistes de la Généralité, qui furent critiqués par leur base et retirèrent
leur appui au décret.
La crise sera résolue par la formation d'un nouveau gouvernement, identique
au précédent.
Les affrontements armés continuent.
Les faits
La provocation
du 3 mai 1937 fut donc l'aboutissement d'une longue série d'escarmouches
dont l'objectif était, pour les staliniens, la liquidation de la révolution
sociale, la liquidation des libertaires comme force hégémonique dans la
classe ouvrière catalane, la restauration du pouvoir de la bourgeoisie
dûment "drivée" par les conseillers techniques du GPU (3).
Que se passa-t-il ce jour-là ?
Le lundi 3 mai 1937 la police communiste tente de prendre le contrôle
du central téléphonique de Barcelone, qui est sous contrôle CNT-UGT, mais
dont la majorité des employés est à la CNT. Les miliciens présents se
saisissent de leurs armes et résistent violemment, avec succès. Une heure
plus tard les miliciens de la FAI et des membres des patrouilles de contrôle
arrivent en renfort.
Les usines s'arrêtent. Les armes sortent des cachettes. Les barricades
s'élèvent.
L'insurrection s'étend à toute la ville.
Le gouvernement -avec ses représentants anarchistes !- est en fait assiégé
par la force populaire. Il s'agit d'une authentique riposte spontanée
à une provocation stalinienne. Le comité régional de la CNT et de la FAI
se contente d'exiger la destitution de Rodriguez Sala, communiste, commissaire
à l'ordre public de Barcelone. Comme si Sala pouvait être quoi que ce
soit en dehors des forces qui se trouvaient derrière lui.
Comme le 19 juillet 1936 lorsque les fascistes ont tenté de prendre le
pouvoir, ce sont, à la base, les comités de défense confédéraux CNT-FAI
qui organisèrent la contre-offensive populaire, mais cette fois contre
l'avis de la direction de la CNT. Le lendemain, mardi 4 mai, la bataille
fait rage toute la journée. La rapidité de la réaction des miliciens de
la CNT-FAI et du POUM contre la police a été stupéfiante, autant qu'a
été terrible l'acharnement de la police noyautée par les communistes.
Cette crise révèle un conflit aigu à l'intérieur même du camp républicain.

barricades sur
les Ramblas à Barcelone le 7 mai 1937
Le sort de la révolution
sociale était en jeu.
Pendant que les prolétaires se battent dans la rue contre la réaction
intérieure au camp républicain, les états-majors marchandent : il faut
former un nouveau gouvernement. Les dirigeants de l'UGT et de la CNT appellent
à cesser le feu. Les ministres anarchistes du gouvernement central appuient
cette initiative, mais Companys, président de la généralité, refuse de
renvoyer Rodriguez Sala.
Garcia Oliver, ministre anarchiste du gouvernement central, dirigeant
de la CNT mais aussi de la FAI, fait un discours ridicule au nom de l'unité
antifasciste, appelle à déposer les armes : "tous ceux qui sont morts
aujourd'hui sont mes frères, je m'incline devant eux et je les embrasse",
y compris sans doute les staliniens et les policiers. Oliver accrédite
ainsi l'idée que la bataille qui a eu lieu n'était qu'un accident de parcours
dans le camp républicain, alors qu'elle était un authentique combat de
classe, le projet des communistes étant de rétablir tous les attributs
de l'ordre bourgeois : propriété privée, pouvoir centralisé, police, hiérarchie.
Il évacue l'objectif de cette bataille, qui se résumait dans l'alternative
: poursuite de la révolution sociale ou restauration de l'État bourgeois.
Dans la nuit du 4 au 5 mai,
les marchandages au palais de la généralité continuent. Les communistes
veulent grignoter un peu plus de pouvoir aux comités ouvriers et doivent
affronter les travailleurs en armes. Leur objectif : écraser définitivement
la révolution. Force est de constater que les dirigeants anarchistes sont
dépassés par les événements. A la radio, ils se succèdent tous pour appeler
les combattants à déposer les armes : Garcia Oliver, Federica Montseny,
tous deux CNT et FAI, et les autres. Companys exige comme préalable à
tout accord que les travailleurs se retirent de la rue. Le lendemain,
mercredi 5 mai, la bataille est plus violente encore que la veille. La
Gare de France, occupée par les anarchistes, est prise par la garde civile
; les employés de la centrale téléphonique se rendent aux gardes d'assaut.
Le gouvernement catalan démissionne. Les divisions anarchistes du front
proposent de venir à Barcelone, mais le comité régional de la CNT leur
annonce qu'on n'a pas besoin d'elles…
Le soir, de nouveaux appels demandent aux ouvriers de quitter les barricades
et de rentrer chez eux. Le mécontentement grandit dans les rangs de la
CNT-FAI.
De nombreux militants déchirent leur carte. Une partie importante des
jeunesses libertaires, de nombreux comités et groupes de base dans les
entreprises et les quartiers s'opposent à l'attitude conciliatrice et
à courte vue de la direction du mouvement libertaire catalan.
Les Amis de Durruti proposent la formation d'une junte révolutionnaire
qui devait remplacer la généralité. Le POUM devait être admis dans cette
junte " car il s'est placé du côté des travailleurs ". Ils réclament la
socialisation de l'économie, la dissolution des partis et des corps armés
qui ont participé à l'agression, le châtiment des coupables. Ces positions
sont dénoncées par le comité régional de la CNT. Le groupe sera plus tard
exclu de la CNT.
affiche du goupe "les amis de Durruti"
Les Amis
de Durruti n'étaient pas, malgré leur nom, des survivants des groupes
Los Solidarios ou Nosotros dont Durruti avait fait partie. C'était un
petit groupe formé d'irréductibles hostiles à la militarisation des milices,
à la participation de la CNT au gouvernement, et dirigé par les Faïstes
Carreno, Pablo Ruiz, Eleuterio Roig et Jaime Balius. Accusé d'être à la
traîne du POUM et d'être constitué d'anarchistes bolchevisés, ce groupe
eut un faible impact et son existence fut courte, car il ne se manifeste
plus après l'été 37.
Cela ne retire rien au fait que certaines (pas toutes, loin s'en faut)
des positions qu'il prit à un certain moment aient pu être dignes d'être
prises en considération. Les critiques qu'il faisait à l'encontre de l'appareil
dirigeant de la CNT n'étaient en effet pas infondées.
Par exemple, le Comité national de la CNT, lors d'une conférence des délégués
le 28 mars 1937, demanda la soumission de tous les organes de presse de
la Confédération aux directives du Comité national. La proposition ne
fut adoptée qu'à une voix de majorité. La minorité décida de ne pas tenir
compte du vote. Il est incontestable qu'il s'était développé une couche
de dirigeants spécialisés à la CNT, sans aucun contrôle de la base, et
une hiérarchisation autoritaire de l'organisation, y compris à la FAI.
Union ! Discipline ! Pour le socialisme (POUM)
La direction du POUM dans
cette affaire n'est elle-même pas exempte de critique. Andrès Nin tente
de freiner l'ardeur des militants ; un curieux appel du comité exécutif
du POUM propose à la fois de se débarrasser de l'ennemi et d'amorcer une
retraite. Le 5 mai aura été le point culminant de la bataille. Le matin,
le gouvernement est démissionnaire, le soir il se reforme.
Berneri, une des figures de l'opposition révolutionnaire, est assassiné
par les communistes, ainsi qu'un autre militant anarchiste italien, Barbieri.
Le matin du 6 mai, on constate un certain flottement chez les combattants,
déçus et désorientés par l'attitude de la direction régionale de la CNT.
Bientôt les barricades abandonnées sont réoccupées.La direction de la
CNT renouvelle ses appels au calme. La lutte est terminée mais personne
ne retourne au travail, les combattants restent sur place. Dans la nuit
du 6 au 7 mai, les dirigeants de la CNT-FAI réitèrent leurs propositions
: retrait des barricades, libération des prisonniers et des otages. Le
matin du 7, le gouvernement accepte les propositions de cessez-le-feu.
L'échec du mouvement insurrectionnel
marquera le début d'une régression terrible des acquis des premiers mois
de la révolution. L'emprise du stalinisme, s'appuyant sur les couches
sociales les plus hostiles à la révolution dans le camp républicain, s'affirmera.
Les assassinats de militants révolutionnaires par les staliniens redoubleront.
Dès l'été 1937 les troupes du communiste Lister entreront en Aragon pour
tenter de liquider par la terreur les collectivités agricoles libertaires
et les remettre aux anciens propriétaires.
L'adhésion des masses paysannes aux collectivisations était telle que
la tentative de Lister se heurta à un échec cuisant. " Ni vous, ni nous
n'avons lancé les masses de Barcelone dans ce mouvement. Il n'a été qu'une
réponse spontanée à une provocation du stalinisme. C'est maintenant le
moment décisif pour faire la révolution. Ou bien nous nous mettons à la
tête du mouvement pour détruire l'ennemi intérieur ou bien le mouvement
échoue et nous serons détruits. Il faut choisir entre la révolution ou
la contre-révolution. "
C'était l'alternative proposée par le POUM, dans la nuit du 3 mai, refusée
par la direction de la CNT, et rapportée par Julian Gorkin (4).
les affiches
de la CNT, de la FAI et des FIJL
Si c'était à refaire Ce serait cependant une grave
erreur d'aborder la question en termes de "trahison" de la direction de
la CNT par rapport à ses objectifs. Le bilan serein et non dogmatique
de l'action de la confédération et des positions de ses dirigeants pendant
la guerre civile reste encore à faire chez les libertaires. Il faut garder
à l'esprit que la révolution espagnole n'était pas la révolution russe.
On peut considérer cette dernière comme l'ultime révolution du XIXè siècle
en termes de moyens techniques mis en œuvre. La révolution espagnole a
été la première du XXè siècle, avec l'utilisation des blindés, de l'aviation,
de la radio, etc. Elle a été le terrain d'entraînement de l'Allemagne
hitlérienne pour la Seconde Guerre mondiale. En Russie, l'État était en
déliquescence, toutes les forces sociales opposées à la révolution étaient
en état de dissolution. La société russe tout entière était en état de
dissolution, après plusieurs années d'une guerre terrible. C'est cette
situation qui a permis à un petit groupe d'hommes -quelques milliers en
1917- de prendre le pouvoir. L'extrême degré d'organisation et de discipline
de ce petit groupe d'hommes ne peut à lui seul expliquer l'efficacité
de son action, ce qui ne retire rien au génie stratégique de Lénine, en
tout cas au début.
La société espagnole ne présentait pas ce
caractère de déliquescence. Les forces sociales en
présence étaient précisément
caractérisées et ancrées dans leur mode de vie. La
bourgeoisie espagnole, et en particulier la bourgeoisie catalane,
était puissante, influente. Des classes intermédiaires
nombreuses faisaient tampon et épousaient d'autant plus les
idées de la classe dominante qu'elles craignaient la
prolétarisation. Une telle situation n'existait pas en Russie.
La révolution prolétarienne
en Espagne a dû faire face à des adversaires autrement plus redoutables
que ceux auxquels les révolutionnaires russes se sont affrontés, car les
puissances capitalistes occidentales, après la Première Guerre mondiale,
étaient elles aussi épuisées par la guerre, et les corps expéditionnaires
qu'elle envoyait, étaient minés par les désertions.
Les libertaires espagnols ont dû affronter à la fois les fascistes, les
staliniens et les républicains. Ça fait beaucoup. La révolution russe
a eu lieu à une période d'effondrement général, où les puissances, au
plan international, susceptibles de la combattre étaient elles-mêmes épuisées
par quatre années d'une guerre terrible.
La révolution espagnole au contraire a eu lieu à une période de montée
en puissance de forces réactionnaires d'une puissance jamais vue -le nazisme
en Allemagne, le fascisme mussolinien- qui ont soutenu sans réserve de
ses armes le fascisme espagnol.
Parmi ces forces réactionnaires figurait le stalinisme, dont les marxistes
révolutionnaires qui accusaient la CNT de tous les maux sont sinon directement,
du moins intellectuellement responsables. Si les libertaires l'avaient
décidé, ils auraient pu aisément liquider les communistes en mai 37, et
le comité régional, dans une certaine mesure, avait raison de dire qu'il
n'avait pas besoin de dégarnir les divisions anarchistes du front (5).
Les miliciens de Barcelone et de la région, les ouvriers insurgés, les
comités de défense des faubourgs auraient largement suffi à la tâche.
Mais la situation se serait limitée à la Catalogne, car à Madrid la CNT
ne dominait pas. La direction de la CNT ne voulait pas risquer de se retrouver
seule face à une coalition fascisto-stalino-républicaine. Par ailleurs,
spéculer sur un phénomène d'entraînement dans la classe ouvrière espagnole,
qui dans un grand élan d'enthousiasme, aurait soutenu les libertaires
catalans, était un risque que la Confédération n'a pas voulu prendre.
L'Espagne aurait éclaté en plusieurs blocs antagonistes, devenant une
proie facile pour les franquistes. C. M. Lorenzo a sans doute raison de
dire qu'un " triomphe de l'anarchisme espagnol entraînant l'effondrement
de la légalité républicaine aurait provoqué à coup sûr contre lui la formation
d'une coalition internationale allant de l'Union soviétique (suppression
de toute aide en armes et en munitions) aux États occidentaux démocratiques
(reconnaissance immédiate du gouvernement fasciste, blocus économique
(6)." Le mouvement ouvrier international, et en particulier le mouvement
ouvrier français largement influencé par les staliniens, auraient-ils
soutenu une révolution anarchiste en Espagne qui se serait opposée par
les armes aux communistes espagnols ?
Certes, les libertaires se sont de toute façon trouvés
face à une coalition
fascisto-stalino-républicaine…
La question, dans ces conditions
-qu'il est facile de poser soixante ans après-, est : est-ce qu'il ne
valait pas mieux tenter le coup ?
Il est facile, lorsqu'on
vit constamment "en plein délire d'identification avec la révolution russe",
comme dit Carlos Semprun-Maura, lorsqu'on traîne un schéma de révolution
qui se limite à la prise du Palais d'Hiver, de reprocher aux libertaires
espagnols de ne pas l'avoir fait. On peut, aujourd'hui, reprocher aux
libertaires d'avoir fait une mauvaise analyse à la fois de la nature du
stalinisme et de celle du républicanisme bourgeois.
On est, aujourd'hui, confondu par leur naïveté (7) : ils sont les seuls
à avoir joué honnêtement le jeu de l'antifascisme. Ils étaient les seuls
authentiques antifascistes. Ils étaient les seuls dont l'objectif prioritaire
réel était la liquidation du fascisme en Espagne sans préconditionner
cet objectif à leur monopole du pouvoir.
Au nom de l'unité antifasciste, la CNT, majoritaire en Catalogne, a accepté
dans tous les organes de décision une représentation infiniment moindre
que celle correspondant à ses effectifs réels, en gage de sa bonne foi…
Les libertaires ont fait, tragiquement et à leurs dépens, la preuve que
l'antifascisme sans la révolution sociale n'a aucun sens. Ils ont démontré
que la liquidation du fascisme ne peut pas se faire avec l'alliance avec
un autre fascisme -le stalinisme-, ni avec la bourgeoisie républicaine.
C'est une leçon qui vaut encore
aujourd'hui.
René Berthier

Théatre
de l'Olympia le 27 juillet 1937, Iglesias, Liarte, Frederica Montseny
et Cortès (CNT FAI) dénoncent les crimes staliniens.
Liberté pour les prisonniers antifascistes (enfermés dans les chécas staliniennes). SIA les aide.
(1) Le POUM (parti ouvrier d'unification marxiste), fondé
en 1935, avait entre 3 000 et 5 000 adhérents avant la guerre civile (1
million pour la CNT). Qualifié à tort de trotskiste, y compris par les
trotskistes d'aujourd'hui (qui se l'ont un peu récupéré, surtout depuis
le film de Ken Loach), il avait rompu avec Trotski et la IVe Internationale.
L'attitude de la CNT par rapport au POUM s'explique en partie parce que
les relations entre les deux organisations n'avaient jamais été bonnes,
Joaquin Maurin ayant accusé la Confédération de tous les maux.
(2) Il y eut même des grèves opposant des ouvriers de la CNT et leur patron
de l'UGT, ou des affrontements armés entre paysans collectivistes de la
CNT et des petits propriétaires de l'UGT…
(3) L'" Aide " soviétique, payée au prix fort par les républicains espagnols,
était conditionnée à la présence de " conseillers " militaires soviétiques
qui installèrent une tchéka qui procéda à l'exécution d'innombrables militants
révolutionnaires.
(8) Cité par C. M. Lorenzo, Les Anarchistes espagnols et le pouvoir, p.
266, Le Seuil. Cf. également J. Gorkin, Les communistes contre la révolution
espagnole, Belfond, p. 59-60.
(4) La preuve a posteriori que les anarchistes auraient pu sans difficulté
liquider physiquement les communistes dès mai 37 se trouve dans les événements
de mars 1939, à Madrid, lors desquels la CNT réalisa ce qu'elle aurait
peut-être dû faire dès le début. Le 2 mars Negrin fait un véritable coup
d'État et met des communistes à tous les commandement militaires importants.
La CNT décida alors de régler ses comptes avec le stalinisme en écrasant
les troupes communistes. Du 5 au 12 mars 1939, le IVe corps d'armée anarchiste
(150 000 hommes) commandé par Cipriano Mera, écrasa les Ier, IIe et IIIe
corps d'armée communistes (350 000 hommes). Selon des témoignages oraux,
tous les officiers communistes au-dessus du grade de sergent furent exécutés.
La nature de classe du parti communiste espagnol est bien décrite dans
ces propose de C. M. Lorenzo : " Il semble qu'il se produisit alors un
véritable effondrement du Parti communiste. La masse innombrable de gens
qui avaient adhéré à ce parti par haine de la Révolution, par peur, par
amour de l'" ordre ", par opportunisme politique, par arrivisme, n'avait
aucune formation idéologique véritable, aucune connaissance du marxisme.
Tous ces gens abandonnèrent le Parti dès qu'ils le virent en mauvaise
posture et les communistes se retrouvèrent tels qu'ils étaient au début
de la Guerre civile une poignée de cadres sans prise réelle sur la population.
Le Parti communiste eut à la faveur des circonstances un gonflement absolument
artificiel ; ce fut un organisme monstrueux aux pieds d'argile. " C. M.
Lorenzo, Les Anarchistes espagnols et le pouvoir, éditions le Seuil, p.
327.
(5) C. M. Lorenzo, Les Anarchistes espagnols et le pouvoir, éditions le
Seuil, p. 267.
(6) Solidaridad obrera du 21 janvier 1937 évoque en termes lyriques l'arrivée,
la veille, du premier bateau soviétique débarquant farine, sucre et beurre,
quelque temps après que les communistes catalans aient provoqué la pénurie
et le renchérissement des produits alimentaires en liquidant les comités
ouvriers de ravitaillement (7 janvier), fournissant le prétexte d'accuser
les anarchistes d'être les responsables de la pénurie : " Tout un peuple
vibrait à cause de la signification profondément humaine de la première
visite d'un autre peuple. La sensibilité rendait tribut à la solidarité.
Ce messsager du prolétariat russe a apporté en Espagne quelques tonnes
de produits alimentaires, offrande de ses femmes aux nôtres, aimables
caresses des tout petits d'Orient aux enfants d'Ibérie… " etc. Le quotidien
de la CNT aurait pu préciser que ces produits étaient achetés au prix
fort et à prix d'or aux Soviétiques, de même que le seront les armes,
pour la plupart anciennes, livrées à l'Espagne et distribuées de façon
très sélective.
Sans discipline, il n'y
a pas de victoire. (Parti Socialiste)
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à la veille de la révolution ;
l'autogestion et l'oeuvre constructive
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: le communisme libertaire en Aragon ;
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Gaston Leval et l'Espagne libertaire ; Principes
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Les industies
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de femmes anarchistes ; Femmes
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1936-1939,
cinéma guerre et révolution en Espagne : Ni Hollywood !
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1936 dans les Asturies ; La
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la Tchéka en Espagne
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de la révolution ? ;
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A propos du film de
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les crimes staliniens en Aragon (Gaston Leval) ;
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Berneri et Francisco Barbieri ;
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libertaire (Revue La Rue N°
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(G. Orwell) ; Collectivité
à Calenda (Editions de
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Bonaventura Durruti (Abel Paz)
; Enseignements de la révolution espagnole (Vernon
Richard) ; Mujeres Libres (Edition
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Le communisme libertaire (Isaac Puente) ; Ils ont osé ! (ed.
du monde libertaire)
;
Espagne 36. Les affiches des combattant-e-s de la Liberté ! (co-édition Libertaires et Monde Libertaire)
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Ortiz un général
sans dieu ni maître (Vidéo) ; Un autre futur de Richard Prost
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A la barricadas : enregistré
à Barcelone été 1936 (1,1 Mg)
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