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Lettre
ouverte à la camarade Federica Montseny, |
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"Salut
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J'avais l'intention de m'adresser à vous tous, camarades-ministres, mais une fois la plume en main, je me suis adressé spontanément à toi seule et je n'ai pas voulu contrarier cette impulsion instinctive. Que je ne sois pas toujours d'accord avec toi, cela ne t'étonne, ni ne t'irrite, et tu t'es montrée cordialement oublieuse des critiques qu'il aurait été presque toujours équitable, parce qu'humain, de considérer comme injustes et excessives. Ceci n'est pas une petite qualité à mes yeux, et elle témoigne de la nature anarchiste de ton esprit. C'est une certitude qui compense efficacement, pour mon amitié bien entendu, les particularités idéologiques que tu as manifestée souvent dans tes articles au style très personnel et dans tes discours d'une éloquence admirable. Je n'ai pu accepter calmement l'identité affirmée par toi entre l'anarchisme bakouniniste et le républicanisme fédéraliste de Pi y Margall. Je ne te pardonne pas d'avoir écrit "qu'en Russie, ce ne fut pas Lénine le vrai constructeur de la Russie, mais bien Staline, esprit réalisateur, etc." Et j'ai applaudi à la réponse de Voline dans Terre Libre, à tes affirmations complètement inexactes sur la mouvement anarchiste russe. Mais ce n'est pas de cela que je veux t'entretenir. De ces choses-là et de bien d'autres choses j'espère un jour ou l'autre te parler directement. Si je m'adresse à toi, publiquement, c'est à propos de sujets infiniment plus graves, pour te rappeler tes responsabilités énormes, dont tu ne te rends peut-être pas compte à cause de ta modestie. Dans ton discours du 3 janvier
1937, tu disais : Ce sont les gardes civils et les gardes d'assaut qui conservent les armes; ce sont encore eux qui à l'arrière doivent contrôler les "incontrôlables ", autrement dit désarmer les noyaux révolutionnaires pourvus de quelques fusils et de quelques revolvers. Ceci se passe tandis que le front intérieur n'est pas liquidé. Ceci se produit au cours d'une guerre civile dans laquelle toutes les surprises sont possibles et dans des régions où le front bien proche, extrêmement découpé, n'est pas mathématiquement certain, Ceci, tandis qu'apparaît avec évidence une distribution politique des armes tendant à n'armer que du strict nécessaire (un strict nécessaire qui, souhaitons-le, apparaîtra suffisant) le front d'Aragon, escorte armée de la collectivisation agraire en Aragon et contrefort de la Catalogne, cette Ukraine ibérique. Tu es, dans un gouvernement qui a offert à la France et à l'Angleterre des avantages au Maroc, tandis que, dès juillet 1936, il aurait été nécessaire de proclamer officiellement l'autonomie politique marocaine. Je m'imagine, ce que toi, anarchiste, tu dois penser de cette affaire aussi ignoble que stupide ; mais je crois que l'heure est venue de faire savoir que toi et les autres anarchistes ministres n'êtes pas d'accord quant à la nature et à la teneur de pareilles propositions. Le 24 octobre 1936, j'écrivais
dans Guerre di Classe : Il va de soi qu'on ne peut
simultanément garantir les Intérêts anglais et français
au Maroc et faire couvre d'insurrection. Valence continue la politique
de Madrid. Il faut que celle-ci change. Et, pour la changer, Il faut dire
clairement et fortement toute sa pensée propre, parce qu'à
Valence des influences agissent tendant à pactiser avec Franco. Ces influences, ces manœuvres
expliquent différents points obscurs : par exemple l'inactivité
de la flotte de guerre loyaliste. La concentration des forces provenant
du Maroc, la piraterie du Canarias et du Baléares, la prise de
Malaga sont les conséquences de cette inactivité. Et la
guerre n'est pas finie ! Si Prieto est incapable et indolent, pourquoi
le tolérer ? Si Prieto est lié par une politique qui lui
fait paralyser la flotte, pourquoi ne pas dénoncer cette politique
? La Dépêche
de Toulouse du 17 janvier écrivait : La grande préoccupation
du ministère de l'Intérieur est de rétablir l'autorité
de l'Etat sur celle des groupes et sur celle des incontrôlables
de toute provenance. La liquidation du front intérieur était conditionnée par une activité ample et radicale des comités de défense constitués par la CNT et l'UGT. Nous assistons à la pénétration dans les cadres dirigeants de l'armée populaire d'éléments équivoques n'offrant pas les garanties d'une organisation politique et syndicale. Les comités et les délégués politiques des milices exerçaient un contrôle salutaire qui, aujourd'hui, est affaibli par la prédominance de systèmes d'avancement et de promotion strictement militaires. Il faut renforcer l'autorité de ces comités et de ces délégués. Nous assistons au fait nouveau, et pouvant entraîner des conséquences désastreuses, fait suivant lequel des bataillons entiers sont commandés par des officiers qui ne jouissent pas de l'estime et de l'affection des miliciens. Ce fait est grave parce que la valeur de la majorité des miliciens espagnols est directement proportionnelle à la confiance dont jouit leur propre commandant. Il est donc nécessaire de rétablir l'éligibilité directe et le droit de destitution par ceux d'en bas.
Une grave erreur a été commise en acceptant les formules autoritaires, non pas parce que celles-ci étaient telles au point de vue forme, mais parce qu'elles renfermaient d'énormes erreurs et des buts politiques qui n'avaient rien à faire avec les nécessités de la guerre. J'ai eu l'occasion de parler à des officiers supérieurs italiens, français et belges et j'ai constaté que ceux-ci démontrent avoir des nécessités réelles de la discipline une conception beaucoup plus moderne et rationnelle que certains néo-généraux qui prétendent être des réalistes. Je crois que l'heure est venue de constituer l'armée confédérale, comme le parti socialiste a constitué sa propre troupe : le 5è régiment des milices populaires. Je crois que l'heure est venue de résoudre le problème du commandement unique en réalisant effectivement l'unité du commandement qui permette de passer à l'offensive sur le front d'Aragon. Je crois que l'heure est venue d'en finir avec les milliers de gardes civils et de gardes d'assaut qui ne vont pas au front parce qu'ils servent à contrôler les " incontrôlables ". Je crois que l'heure est venue de créer une sérieuse industrie de guerre. Et le crois que l'heure est venue d'en finir avec certaines bizarreries flagrantes : comme celles du respect du repos dominical et de certains " droits aux ouvriers " sabotant la défense de la Révolution. Il faut, avant tout, maintenir
élevé l'esprit des combattants. Louis Bertoni, interprétant
les sentiments exprimés par différents camarades italiens
combattant sur le front de Huesca, écrivait il n'y a pas longtemps
: Je n'ai pas la modestie de Louis Bertoni, j'ai la prétention d'affirmer que les anarchistes espagnols pourraient avoir une ligne politique différente de celle qui prévaut ; je prétends pouvoir, en capitalisant ce que je sais des expériences des diverses grandes révolutions récentes et ce que je lis dans la presse libertaire espagnole elle-même, conseiller quelques lignes de conduite. Je crois que tu dois te poser le problème de savoir si tu défends mieux la Révolution, si tu apportes une plus grande contribution à la lutte contre le fascisme en participent au gouvernement, ou si tu ne serais pas infiniment plus utile en portant la flamme de ta parole magnifique parmi les combattants et à l'arrière. L'heure est venue aussi de clarifier la signification unitaire que peut avoir notre participation au gouvernement. Il faut parler aux masses, les appeler à juger si Marcel Cachin a raison quand il déclare dans l'Humanité du 23 mars : Les responsables anarchistes multiplient leurs efforts unitaires et leurs appels sont de plus en plus entendus. Ou bien si ce sont la Pravda et les Izvestia qui ont raison quand lis calomnient les anarchistes espagnols en les traitent de saboteurs de l'unité. Appeler la masse à juger la complicité morale et politique du silence de la presse anarchiste espagnole quant aux délits dictatoriaux de Staline, aux persécutions contre les anarchistes russes, aux monstrueux procès contre l'opposition léniniste et trotskiste, silence compensé avec mérite par les diffamations des Izvestia contre Solidaridad Obrera. Appeler les masses à juger si certaines manœuvres de sabotage du ravitaillement ne rentrent pas dans le plan annoncé le 17 décembre 1936 par la Pravda : Quand à la Catalogne, l'épuration des éléments trotskistes et anarchistes syndicalistes est commencée ; cette oeuvre sera conduite avec la même énergie que celle avec laquelle elle a été conduite en URSS. L'heure est venue de se rendre
compte si les anarchistes sont au gouvernement pour être les vestales
d'un feu sur le point de s'éteindre, ou bien s'ils y sont désormais
seulement pour servir de bonnet phrygien à des politiciens flirtent
avec l'ennemi ou avec les forces de restauration de la " République
de toutes les classes ". Le problème est posé par l'évidence
d'une crise dépassent les hommes qui en sont les personnages représentatifs. Camillo Berneri, 14 avril 1937 in Guerra di Classes
Notes : Autres
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