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Victor Serge, dont les contradictions
ne sont plus à relever, voyait en Makhno le seul qui, à son avis, avait
tenté l'expérience " féconde " d'une synthèse du marxisme et du socialisme
libertaire. Reprenant aujourd'hui cette appréciation, bon nombre d'intellectuels,
pour qui l'anarchie est un excellent gagne-pain, nous mijotent une impossible
mixture marxiste assaisonnée de quelques éléments libertaires.
Le but de cet article est simplement de rappeler l'historique du mouvement
makhnoviste, malheureusement trop peu connu des jeunes militants, et de
démontrer que la "makhnovstchina" fut exclusivement un mouvement révolutionnaire
autonome qui concrétisa le rêve des anarchistes de créer une société dégagée
de toute exploitation et de toute autorité politique.
Il est bon aussi de rappeler à certains libertaires, désireux actuellement
de former " l'union sacrée " avec les organisations gauchistes, comment
ce mouvement fut écrasé par ceux-là mêmes à qui il apportait une aide
pour combattre la contre-révolution. Les anarchistes ukrainiens eurent
l'imprudence de faire confiance à l'Armée rouge; nous ne désirons pas
commettre la même erreur, car nous n'accordons pas plus de confiance aux
héritiers de Trotsky que Makhno eut dû le faire.
LE CADRE
Il est nécessaire, tout d'abord,
de replacer l'expérience anarchiste d'Ukraine dans le contexte à la fois
historique et géographique qui lui sert de cadre. C'est dans le grand
bouleversement de la révolution russe qu'elle va se situer, comme un îlot
au milieu de l'expérience marxiste qui s'étend dans le reste de l'ancien
empire tsariste.
Par sa mentalité, l'Ukraine est alors un pays totalement différent des
autres provinces russes. Pays agricole riche, qui a toujours suscité le
désir de ses voisins, elle est marquée par un fort esprit d'indépendance
de ses habitants, esprit d'indépendance allant parfois malheureusement
jusqu'à un nationalisme exacerbé, mais ayant surtout donné au pays une
tradition de "Volnitza" (Vie libre) qui empêcha les différents partis
politiques de s'y implanter, fermement.
Cette absence politique explique pourquoi la Révolution d'Octobre se déroula,
en fait, un peu plus tard dans cette province. de l'abdication du Tsar
en mars 1917, et alors que Kérensky prenait la tête du gouvernement provisoire
en Grande Russie, on avait vu s'établir en Ukraine un pouvoir parallèle
dirigé par la petite bourgeoisie nationaliste, désireuse de recréer un
Etat indépendant.
Ce mouvement, animé
principalement par Vinitcheuko et Petlioura, s'établit surtout dans le
nord du pays, alors que dans le sud les masses paysannes, sous l'influence
des groupes anarchistes, s'en détachaient pour former un courant révolutionnaire
qui, en décembre 1917 et janvier 1918, expulsa les gros propriétaires
et commença à organiser lui-même le partage et la mise en valeur des terres
et des usines.
Mais tout fut remis en question
lorsque, le 3 mars 1918, Lénine signa le traité de BrestLitovsk qui permettait
aux armées austro-allemandes d'entrée en Ukraine.
Celles-ci rétablirent aussitôt les nobles et les propriétaires fonciers
dans leurs privilèges afin de s'assurer la neutralité de la région. La
nomination de l'hetman Skoropadsky à la tête de la Rada centrale marqua
véritablement le retour au tsarisme. En effet, les propriétaires chassés
peu de temps auparavant se hâtèrent, par esprit de vengeance, de resserrer
leur étreinte sur le peuple, qui subissait par ailleurs le brigandage
des troupes d'occupation.
Devant cette répression impitoyable, le pays tout entier vase dresser
et ce mouvement insurrectionnel des paysans et des ouvriers va se déclarer
pour la révolution intégrale, c'est-à-dire ayant comme but la complète
émancipation du travail. On assiste alors à une organisation simultanée
de corps de francs-tireurs, cela sans aucun mot d'ordre venu d'un quelconque
parti politique mais par les paysans eux-mêmes.
Mais les représailles de la Rada ukrainienne, appuyée par les troupes
austro-allemandes, vont être sanglantes (juin / juillet / août 1918).
La nécessité d'une certaine unification face à la répression se faisant
sentir, ce sera le groupe anarchiste de Goulaï-Polé qui en prendra l'initiative.
Le mouvement prend alors un
caractère totalement différent : il se débarrasse aussitôt de tous les
éléments non travailleurs et des préjugés nationaux, religieux ou politiques.
Son but n'est pas de lutter seulement contre la réaction, mais de s'engager
également dans la voie antiautoritaire de l'organisation libre des travailleurs.
Tout cela, nous l'avons dit, à l'initiative du groupe anarchiste de Goulaï-Polé,
duquel va se détacher un animateur de premier ordre.
MAKHNO Nestor
Né en 1889, dans une famille
de paysans pauvres, Nestor Makhno va rapidement se trouver confronté au
problème de l'exploitation de l'homme par l'homme. En effet, orphelin
de père très jeune, il est obligé d'aller travailler à sept ans chez les
riches "koulaks" (propriétaires terriens) pour aider sa famille. Il ira
ensuite travailler comme fondeur à l'unique usine de son village. La révolution
manquée de 1905 (il a alors seize ans) va éveiller son enthousiasme révolutionnaire
et après avoir pris contact avec diverses organisations politiques qui
le rebutent, il entre finalement au groupe anarchiste-communiste* de Goulaï-Polé,
où il va déployer une grande activité.
Arrêté en 1908 par " l'Okhrana
" (police du tsar), il est condamné à mort; mais, en raison de. sa jeunesse,
sa peine sera commuée en réclusion à vie. Il profite de son emprisonnement
à Moscou pour parfaire son éducation, bien qu'en raison de sa mauvaise
conduite il soit très souvent au cachot. L'insurrection de Moscou, le
1er mars 1917 ; va lui permettre de recouvrer sa liberté et de rentrer
à Goulaï-Polé où il reçoit . un accueil triomphal.
Il y retrouve le groupe anarchiste, avec lequel il va d'abord avoir quelques
différents. En effet, sa détention lui avait permis de méditer longuement,
il déclare à son retour, désireux d'une organisation sociale immédiate
: il veut que les paysans s'organisent d'une façon assez solide pour chasser
définitivement les "koulaks". Bien que très hésitants, ses camarades vont
tout de même le suivre et impulser une union professionnelle des ouvriers
agricoles, une commune libre et un soviet local des paysans qui va partager
les terres de façon égalitaire. Exemple qui sera rapidement suivi dans
les villages voisins.
C'est à cette époque que se
situe l'entrée des armées austro-allemandes en Ukraine.
Makhno est alors chargé par un comité révolutionnaire de former des bataillons
de lutte contre l'occupant et la Rada centrale de l'hetman Skoropadsky.
II va participer à de nombreux meetings, appelant les travailleurs à l'insurrection
générale. Spontanément tous les détachements .de partisans vont le rejoindre,
et Makhno se révélera un organisateur extraordinaire, en semant la terreur
dans les rangs ennemis à la tête de la compagnie révolutionnaire dont
il a la responsabilité. Appuyé par les masses populaires dont les partisans
sont issus, il a un énorme avantage et il est bien certain que devant
une telle force, seule l'aide des armées d'occupation peut maintenir l'hetman
en place.
Lorsque celles-ci vont être rappelées dans leur pays à la suite de la
défaite du bloc germanique sur le front occidental, c'est la débandade
chez les propriétaires qui trouvent refuge à l'étranger.
C'est à ce moment-là que se situe véritablement l'expérience anarchiste
en Ukraine qui, avec sa théorie d'organisation libertaire, se trouve en
confrontation directe avec la théorie d'organisation marxiste et les réalisations
bolcheviques en Grande-Russie.
L'EXPERIENCE ANARCHISTE
Jusqu'à la fuite de Skoropadsky,
le mouvement avait été surtout destructif. Avec l'unification, il va trouver
une structure permettant un plan précis pour une organisation libre des
travailleurs. Ce plan va être tracé au premier congrès de la Confédération
des groupes anarchistes qui prend le nom de Nabat (le Tocsin).
Les points principaux en. sont :
- le rejet des groupes privilégiés (non-travailleurs) ;
- la méfiance envers tous les partis ;
- la négation de toute dictature (principalement celle d'une organisation
sur le peuple) ;
- la négation du principe de l'Etat ;
- le, rejet d'une période " transitoire " ;
- l'autodirection des travailleurs par des conseils (soviets) laborieux
libres*.
Nestor Makhno
(à droite)
On voit déjà dans ce plan
les différences fondamentales avec les aspirations des bolcheviks dans
le reste du pays. C'est pourquoi, dans un premier temps, le mouvement
anarchiste va présenter et expliquer ses idées aux travailleurs, sans
essayer pour autant de leur imposer. L'armée insurrectionnelle formée
auparavant va être désormais uniquement un groupe d'autodéfense, car l'idéal
anarchiste de bonheur et d'égalité générale ne peut être atteint à travers
l'effort d'une armée, quelle qu'elle soit, même si elle était formée exclusivement
par des anarchistes.
L'armée révolutionnaire, dans le meilleur des cas, pourrait servir à la
destruction du vieux régime abhorré ; pour le travail constructif, l'édification
et la création, n'importe quelle armée qui, logiquement, ne peut s'appuyer
que sur la force et le commandement, serait complètement impuissante et
même néfaste.
Pour que la société anarchiste devienne possible, il est nécessaire que
les ouvriers eux-mêmes dans les usines et les entreprises, les paysans
eux-mêmes dans leurs pays et leurs villages, se mettent à la construction
de la société anti-autoritaire, n'attendant de nulle part des décrets-lois
" (La Voie vers la Liberté, organe makhnoviste).
Et pendant six mois (novembre 1918 à juin 1919), on va assister à une
véritable expérience anarchiste pendant laquelle paysans et ouvriers vivront
sans aucun pouvoir, créant ainsi une nouvelle forme de relations sociales.
A côté de la gestion directe des usines par les ouvriers sur la base de
l'égalité économique, vont se créer des communes libres.
"La majeure partie de ces communes agraire était composée de paysans,
quelques-uns comprenaient à la fois des paysans et des ouvriers. Elles
étaient fondées avant tout, sur l'égalité et la solidarité de ses membres.
Tous, hommes et femmes, oeuvraient ensemble avec une conscience parfaite
qu'ils travaillassent aux champs ou qu'ils fussent employés aux travaux
domestiques (...). Le programme de travail était établi dans des réunions
où tous participaient. Ils savaient ensuite exactement ce qu'ils avaient
à faire." (Makhno : la Révolution russe en Ukraine.).
Un nouvel état d'esprit naît aussitôt de ces expériences, car les paysans
en arrivent rapidement à considérer ce régime : communal libre comme la
forme la plus élevée de la justice sociale. Ainsi, les membres du groupe
se faisaient à l'idée d'unité collective dans l'action et tout particulièrement
dans l'action raisonnée et féconde. Ils s'habituaient à avoir naturellement
confiance les uns dans les autres, à se comprendre, à s'apprécier sincèrement
dans leur domaine respectif." (Makhno, ibid.)
Poursuivant leurs recherches créatrices, ils vont s'apercevoir qu'une
société nouvelle ne peut maintenir une éducation sclérosée ; c'est ainsi
qu'ils se tournent résolument vers la pédagogie libertaire de Francisco
Ferrer qu'ils déclarent vouloir appliquer dans les écoles. Cela posera,
bien sûr, quelques problèmes de départ, car ils n'ont eu connaissance
de cette pédagogie que très succinctement. Aussi demanderont-ils à quelques
personnes, aptes à l'expliquer et à la mettre en pratique, de venir des
villes, et c'est ainsi que Voline arrive à Goulaï-Polé.
Sur le plan matériel des échanges avec les villes, les paysans vont rejeter
tout intermédiaire. Sans passer par les structures de l'Etat, ils vont
fournir aux ouvriers des villes : céréales et nourriture, en contrepartie
desquelles les ouvriers leur échangeront leurs produits, sur la base de
l'estimation réciproque et de l'entraide définie par Kropotkine.
Le rôle de Makhno, dans tout cela ?
Il n'est qu'un animateur du mouvement, qui répond à ceux qui viennent
lui demander des conseils : "C'est à vous de le savoir ; cherchez des
solutions, organisez-vous, c'est en faisant des erreurs que vous apprendrez
à les éviter." Quelle différence avec Lénine ou Trotsky, dictant leurs
ordres pour la moindre affaire ! Makhno démontre ainsi, d'une façon magistrale,
que la théorie marxiste n'est pas valable, théorie selon laquelle le peuple
a besoin de guides qui pensent pour lui, d'un parti puissant qui dicte
ce qu'il a faire.
Tout cela n'est évidemment
pas vu d'un bon oeil par les autorités bolcheviques et Makhno sait qu'un
jour, il y aura affrontement.
Il déclare : " Le jour n'est pas éloigné où le peuple russe sera complètement
écrasé sous la botte des partis. Les partis ne servent pas le peuple,
c'est le peuple qui doit les servir. Ainsi voyons-nous déjà que toutes
les décisions concernant le peuple sont prises directement par les partis
politiques. Ainsi va se trouver une fois de plus justifiée la parole de
Bakounine : partout il y a domination, il y a exploitation. Or, nous ne
voulons accepter ni la domination ni l'exploitation ".
C'est un véritable défi. Pourtant t, celui-ci ne sera pas relevé. Un événement
important va retarder l'affrontement : c'est l'approche des troupes monarchistes
de Dénikine. Mais, parallèlement, c'est aussi cet événement qui va servir
de prétexte aux bolcheviks pour "normaliser" la situation en Ukraine.
L'AFFRONTEMENT
Face aux troupes blanches
qui s'apprêtent à envahir le pays, les paysans du sud de l'Ukraine sont
résolus à se défendre eux-mêmes. Mais Makhno sait qu'en face, il y a une
très bonne armée, composée principalement de cosaques et d'officiers de
l'ancienne armée tsariste. Il faut donc renforcer la Makhnovstchina et
deux congrès régionaux sont convoqués (à trois semaines d'intervalle)
pour examiner la situation.
Le second de ces congrès va décider une mobilisation volontaire et égalitaire,
il n'y a jamais eu de conscription dans la Makhnovstchina, comme ont voulu
le faire croire certains. Les volontaires vont être nombreux, mais le
gros problème est le manque d'armes. Cependant, durant trois mois, l'Armée
révolutionnaire insurrectionnelle (c'est le nom adopter par les partisans
ukrainiens) tient tête aux monarchistes.
Makhno se révèle être, de nouveau, un stratège extraordinaire. Toute la
presse bolchevique chante même ses louanges, le traitant de "courageux
partisan" et de "grand dirigeant révolutionnaire" !
C'est seulement au bout de trois mois que l'Armée Rouge arrive. Aussitôt,
un accord est conclu avec Makhno : l'Armée révolutionnaire insurrectionnelle
se joint à l'Armée Rouge, mais elle ne dépend d'elle qu'au point de vue
strictement militaire ; elle a droit au même approvisionnement en vivres
et en munitions ; elle garde son nom, ses drapeaux noirs et ses structures
(volontariat, principe électoral, autodiscipline). De plus, elle n'accepte
aucun pouvoir politique (commissaires) dans la région où elle évolue.
Les bolcheviks vont accepter, pensant absorber par la suite la Makhnovstchina.
Ils vont bien vite se rendre compte qu'ils n'y arriveront pas et ils décident
de ne plus approvisionner les partisans ukrainiens. Makhno réquisitionne
alors les trains destinés à l'Armée rouge et refuse de livrer houille
et céréales dont la région qu'il occupe est riche.
C'est l'épreuve de force qui commence avec les premières arrestations
d'anarchistes, l'interdiction de leur journal Nabat dont, Voline était
alors rédacteur, une campagne de calomnie dans la presse, de Moscou et
des autorités de plus en plus menaçantes.
Devant cette situation, un troisième congrès régional est convoqué pour
déterminer les positions civiles et militaires à adopter. Ce congrès est
aussitôt déclaré hors-la-loi et contre-révolutionnaire par le commandant
de division Dybenko, décision à laquelle le conseil révolutionnaire de
Goulaï-Polé va répondre d'une façon véhémente : " Peut-il exister des
lois faites par quelques personnes s'intitulant révolutionnaires, leur
permettant. de mettre tout un peuple plus révolutionnaire qu'elles hors-la-loi
? (...) Un révolutionnaire, quels intérêts doit-il défendre ? ceux du
parti ou bien ceux du peuple qui, par son sang, met en mouvement la révolution
? " (Archinoff : le Mouvement makhnoviste).
Cette réponse va aussitôt entraîner une nouvelle campagne de diffamation
dans la presse communiste. Les hautes autorités vont alors, venir sur
place pour se rendre compte de la situation. L'envoyé de Lénine, Kamenev,
a un entretien assez cordial avec Makhno ; il s'en va même en déclarant
que les bolcheviks sauraient toujours trouver un langage commun avec les
makhnovistes et qu'ils peuvent et doivent oeuvrer ensemble.
Mais à peine est-il, parti que les paysans ukrainiens interceptent des
messages: donnant l'ordre à l'Armée rouge d'envahir Goulaï-Polé et qu'un
attentat contre Makhno a lieu. Un quatrième congrès des délégués ouvriers,
paysans et partisans est convoqué. L'ordre de Trotsky ne se fait pas attendre
: toute personne participant à ce congrès doit être arrêtée.
Et il déclare : " II vaut mieux céder l'Ukraine entière à Dénikine que
permettre une expansion du mouvement makhnoviste : le mouvement de Dénikine
comme étant ouvertement contre-révolutionnaire, pourrait être aisément
compromis par la voie de classe, tandis que la Makhnovstchina se développe
au fond des masses et soulève justement les masses contre nous. (archinoff
: Mouvement makhnoviste).
"Et il met aussitôt ses paroles en pratique en retirant ses troupes afin
de permettre à l'armée blanche d'envahir la région. Il déclare, d'autre
part, que c'est Makhno le responsable de la défaite et ordre est donné
de l'arrêter et de fusiller les insurgés pendant leur retraite. Pris entre
deux feux, Makhno a alors une astuce pour se tirer du traquenard : il
démissionne, de son poste de commandement de l'Armée révolutionnaire insurrectionnelle
et s'évanouit dans la nature avec ses compagnons.
C'est une catastrophe pour Trotsky qui est battu à plate couture par Dénikine
et qui doit retirer ses troupes d'Ukraine. C'est à ce moment que Makhno
décide de revenir à la surface. Il reforme son armée et en trois mois
va battre les troupes monarchistes, sauvant ainsi la Révolution.
Devenue très, puissante et très populaire, la Makhnovstchina ne va pas
user de sa force pour étendre sa domination. Elle va, au contraire, se
tourner à nouveau vers l'organisation du pays par l'auto-organisation.
Elle va également appliquer intégralement ces principes si chers aux anarchistes
en détruisant prisons et postes de police et en accordant toutes libertés
de parole, de conscience, d'association, de presse.
Mais Makhno commet une erreur. Sûr de lui et de l'appui des masses populaires,
il ne pense pas à se préserver d'une nouvelle traîtrise des bolcheviks.
Et lorsque la moitié de ses troupes sera décimée par une épidémie de typhus,
Trotsky reprendra le harcèlement. Il y aura une nouvelle trêve en octobre
1920, à l'approche de l'armée blanche de Wrangel.
La Makhnovstchina acceptera encore d'aider l'Armée rouge. Quand les monarchistes
seront définitivement éliminés, on assistera à la dernière trahison des
communistes. Makhno va intercepter trois messages de Lénine à Rakovsky,
président du Conseil des commissaires du peuple d'Ukraine ; les ordres
: arrêter tous les militants anarchistes et les juger comme des criminels
de droit commun.
Août 1923, Makhno, épuisé,
sera battu et devra s'enfuir en Roumanie, puis en Pologne, pour enfin
venir à Paris où il terminera sa vie dans la misère et l'abandon.
Le communisme étatique s'installera en Ukraine.
La diffamation contre les anarchistes durera encore longtemps. On passera
même un film dans toute la Russie, présentant Makhno comme un chef de
bandits sanguinaires et allié de l'armée blanche. Puis, le silence et
pourtant, en 1953, à la mort de Staline, alors que l'Ukraine connaissait
une vaste insurrection dans ses camps de concentration, les détenus, reprenant
le camp de Norilsk, hissèrent le drapeau du mouvement makhnoviste en haut
du mât.
Le mensonge et la calomnié feront peut-être, un jour, place à la vérité.
Alors. sonnera le jour de la Révolution sociale pour la quelle luttèrent
tant les anarchistes ukrainiens
Pascal Nurnberg - le
Monde Libertaire été 1972
La makhnovtchina une BD en 2 tomes...
Autres
articles :
Ce
que nous voulons (Izvestia de Kronstadt) ;
Les prémices
de l'insurrection de Kronstadt (Ida Mett) ;
1921
l'orage éclate à Pétrograd (Emma Goldman, Alexandre
Berkman) ;
la
signification politique de l'insurection de Kronstadt ;
Déclarations
et Textes de l'Armée Insurrectionnelle d'Ukraine 1919 1920
;
2è
Congrès régional des soviets d'Ukraine (Gouliaï Polié)
février 1919 ;
1ère
conférence des anarcho-syndicalistes russes (1918) ; Octobre
1917 vu Piotr Archinov ;
1918, l'affrontement
anarchiste - bolchevics ; 1917,
l'autogestion à Kronstadt ,
Souvenirs
d'un partisan Makhnoviste (1917 1921) ; Souvenirs
d'un partisan Makhnoviste (1917 1921) ;
Guerre
ou Révolution en Ukraine ( N. Makhno 1918) ;
A
lire :
La révolution Inconnue (Voline) ; La Commune de Kronstadt
(Editions Spartacus) ;
Les Anarchistes dans la révolution russe (éditions La Tête de Feuilles)
; Histoire du mouvement makhnoviste (Pierre Archinov) ; le mythe
Bolchévic (Alexandre Berkman) ;
Nestor Makhno (Alexandre Skirda) ; les soviets trahis par les
bolchévics (Rudolph Rocker) ;
Voline (revue Itinéraire) ; Nestor Makhno Tome 1
& 2 (Bande dessinée par F. Hombourger)
A
voir :
le
remarquable site internet consacré à Nestor Makhno.
Le film vidéo réalisé pour Arte
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